> Comment la victoire a-t-elle échappée aux 908 ? (17 Juin 2008)

Avouons le, vendredi après-midi le Docteur Ulrich et ses neufs pilotes avaient beau répéter qu’ils étaient favoris de cette 76ème édition des 24 heures du Mans, nous avions du mal à imaginer par quel moyen les hommes d’Ingolstadt parviendraient-ils à donner la réplique à ceux de Vélizy. Alors quand McNish pointait à 25 secondes après seulement 30 minutes de course, la physionomie de l’épreuve semblait déjà dessinée : Les Audi se maintiendrait tant bien que mal au contact des Peugeot dans l’attente d’une hypothétique défaillance des trois 908. Prêt d’une seconde de perdue à la minute, l’écart prévisible à l’arrivée se chiffrait alors à 7 tours en faveur des prototypes français.

Alors comment la victoire a-t-elle échappé aux 908 ?


Tout d’abord parce que l’Audi victorieuse a passé 10 minutes de moins aux stands que la Peugeot n°7. Images révélatrices, peu après 17 heures, la Peugeot n°9 et l’Audi n°1 s’arrêtaient presque simultanément pour ravitailler. Alors que les hommes d’Audi en profitaient pour remplacer le capot arrière de la n°1 sans que cela ne déborde sur le temps passé à changer les 4 pneumatiques, le remplacement du capot avant de la 908 n°9 faisait perdre plus d’une minute à l’auto.


Mais la faible durée des interventions mécaniques sur l’Audi n°2 relève aussi de l’expérience de l’équipe qui a su concevoir, courant 2005, une auto moins capricieuse que ne l’est la 908. « Nous avons rencontré différents petits soucis, mais le plus gros malus, indiscutablement, c’est l’encrassement et donc la surchauffe des radiateurs » justifiait Bruno Famin dimanche soir. « Nous pensions avoir réglé le souci, mais non. Là, il y a plus de voitures que d’habitude, nous évoluons sur un terrain qui est la plupart du temps un environnement public donc particulièrement riche en débris de toutes sortes. »


Les 10 minutes perdues aux stands s’expliquent aussi par les deux arrêts supplémentaires engendrés par une plus grande consommation en carburant des 908 par rapport à leurs rivales. De plus les Peugeot se révélèrent très coriaces avec les pneus pluies, nécessitant leurs remplacements à chaque ravitaillement.


A ce sujet, l'équipe Peugeot aura clairement été désavantagée par les conditions climatiques ce week-end. La 908 avait pourtant signé de très bons temps sous la pluie avec des pneus intermédiaires lors des essais préliminaires. Mais en course, les conditions ont été telles qu’à partir de dimanche matin, la piste n’a jamais été franchement détrempée ou franchement sèche. « Sous la pluie, la voiture a été difficile, on bouffait nos pneus » précise Villeneuve.  Sous le déluge, le québécois eu toutes les peines du monde à maîtriser sa voiture. Il ne pu rien faire contre le retour de Tom Kristensen qui rattrapa son tour de retard en 20 tours seulement ! Marc Gené qui prit ensuite le volant ne put faire mieux que son équipier puisqu’il perdit lui aussi la bagatelle de 7 secondes au tour face à un Tom Kristensen époustouflant !


Enfin, il faut souligner que la chance était bien du coté d’Audi ce week-end. En vue de l’arrivée, Tom Kristensen sortait indemne d’un violent accrochage avec une Zytek. Depuis le début de l'année, nous avons souvent souligné la robustesse de l’Audi, mais sans conteste, les 24 heures auraient pu basculer à ce moment précis. Une victoire tient parfois à peu de choses...


Cette année, et nous n'avions pas eu ce sentiment depuis 1999, nous avons l’impression d’avoir vu deux concurrents mériter autant la victoire l’un que l’autre. Alors, si les plaques en bronze du quartier St Nicolas ne retiendront que les noms des vainqueurs, jamais nous n’oublierons ces hommes qui 24 heures durant ont donné 100% d’eux même nous offrants un spectacle fabuleux. Merci à Audi et Peugeot, ce week-end « deux constructeurs ont gagné et prouvé leur savoir-faire dans cette fantastique course. » (Dr Wolfgang Ullrich)

 

Julien HERGAULT / Photos Julien HERGAULT