Sports 3,5L : 3ème partie

Après les essais, on pouvait s’attendre à une nette domination des Sauber C11. On espérait cependant une vraie opposition, du moins en début de course, des Peugeot 905 grâce à leurs positions en première ligne et une présence sur la durée des Porsche 962. Et pourquoi pas les Jaguar XJR12 LM avec les Mazda 787B, qui semblent cependant moins à l’aise. Qu’elle allait être la tactique des Peugeot? Viser la fiabilité ou faire le spectacle en début de course?

La Sauber-Mercedes C11 de Ferté/Mass/Schlesser va elle dominer les débats?

Au moment du tour de lancement, faisons le point : 7 voitures ne prennent pas le départ de la course

 

Voiture
Catégorie
Equipage
Nr 2 - Sauber C291 - Sauber Mercedes
C1
Déplacé sur une C11
Nr3 - Jaguar XJR14 - Silk Cut
C1
Déplacé sur une XJR12 LM
Nr4 - Jaguar XJR14 - Silk Cut
C1
Déplacé sur une XJR12 LM
Nr42 - Spice SE90C - Classic FTR
C2
Kasuya/Scapini/Gonzales/J.Bell
Nr 48 - Cougar C26S - Courage Compétition
C2
Hodgetts/Lecerf/Hepworth
Nr 54 - Porsche 962C - Team Davey
C2
Iketani/Sternitz/Musetti
Nr 59 - Porsche 962C - Joest
C2
J.Barth

 

RESUME DE LA COURSE

Onze ans après la pole position d'une Rondeau (Le Mans 1980), on retrouve deux voitures françaises sur la première ligne des 24 Heures du Mans. Le départ de cette 59ème édition des 24 heures fut donné le Samedi 23 juin à 16 heures, devant 250 000 spectateurs, par Mme Hélène Blanc, Préfet de la Sarthe. Seules 38 voitures étaient derrière le pace-car.  

 

Et voilà les Peugeot 905 qui s'envolent dés le départ

Les Porsche 962, ici la BRUN, effectuent un bon début de course

Parties de la 1ère ligne, les deux Peugeot 905 profitèrent de leurs positions pour prendre rapidement le large. Finalement, elles choisissent de partir sur un rythme élevé. Les Sauber C11 ne font qu’une bouchée des autres Sport3.5L, toutes débordées dès le 1er tour. En effet, au premier passage, les 905 se chamaillent roues dans roues et les deux premières Mercedes ne sont déjà pas loin derrières à environ 6 secondes, après avoir débordé 8 concurrents suivis de quatre Porsche 962.

 

La supercherie visant à mettre des voitures beaucoup plus lentes devant n’aura donc pas durée longtemps. Certaines Sport3.5L étant de véritables chicanes mobiles, les GroupeC essayent de se faufiler entre elles, à plus de 330 km/h dans les Hunaudières. Au milieu des 962, la Mazda n°55 fait également une belle remontée devant toutes les Jaguar officielles.

 

La 905 n°5 d’Alliot/Baldi/Jabouille partie en tête, rencontra rapidement des difficultés, avec un arrêt au stand d’Alliot mouvementé par un début d’incendie spectaculaire. Au terme de la 1ère heure de course, c’est sa sœur, la n°6 qui mène la danse devant, à la surprise générale, deux Porsche 962. Les autres "Catégorie 1" étaient déjà beaucoup plus loin, avec à la 15ème place la 905 n°5 et à la 20e, la Spice n°41. Spice SE90C du Team Fedco qui va notemment mener la course des "catégorie 1" 17 heures sur 24…

La chevauché triomphante de la 905 n°6 ne va pas durer. Elle fut dès le début de la 2ème heure victime de nombreux problèmes tout comme l’autre 905. Les Peugeot auront passé en tous les 11 premiers tours en tête. Pendant les 80 premiers tours, les Sauber, Porsche 962 privées, Jaguar et Mazda n°55 vont s’échanger la position de tête au grès des ravitaillements et des stratégies décalées. Peugeot en tête la première heure, les 962 rapides et aux stratégies décalées, les Jaguar XJR12 et la Mazda n °55 pas loin derrière, le début de course est mouvementé et loin d’être facile pour les Mercedes.

 

Mais les Sauber C11 sont bien les plus rapides. La n°32 puis la n°31 « chaude bouillante » et la n°1 notamment conduite par Jean-Louis Schlesser, Jochen Mass et Alain Ferté, vont prendre la tête de course pour ne plus la lâcher de la nuit. Les Porsche 962, rapides, mais pas assez fiables et ayant connues beaucoup d’accrochages et sorties de route vont vite rendre les armes et les Sauber se retrouver devant, bien seules avec les Jaguar et Mazda en embuscade.

Les "vieillissantes" Porsche 962 ont du mal. Si les accrochages se mèlent aux poids des années ... les choses deviennent compliquées

Dès la 2ème heure, plus aucune Sport 3.5L ne sera classée dans les 10 premières… La Spice rose des « féminines » connaît rapidement des soucis puis une sortie de piste dans la courbe Dunlop.

 

La ROC abandonne rapidement après trois heures de course sur un problème de transmission après avoir occupé une belle 3ème place de catégorie (23ème au général) à la 2ème heure. La galère des 905 ne durera pas beaucoup plus longtemps. La n°5 abandonna sur problème moteur à la 6ème heure. La n°6 remonta à un moment à la 27ème place, mais un problème de boite de vitesse l’immobilisa à la 7ème heure.  Keke Rosberg jeta très vite l’éponge au grand dam des responsables Peugeot qui auraient bien voulu que le finlandais ramène la voiture au stand.

 

L’ALD de Louis Descartes, avant son abandon, occupa pendant 9 heures sur 11 la dernière place. La voie était donc ouverte en Catégorie 1 pour les Spice, notamment pour les n°41 et la semi-officielle n°8 qui pendant cinq heures vont se battre comme des chiffonniers. Malheureusement la n°8 dû abandonner à la 6ème heure. La vieille SE88C du Graff Racing réalisant quant à elle une belle course aux mains de Grand/ Lapeyre/Maisonneuve jusqu’à son abandon.
Elle occupa pendant 3 heures la tête de la catégorie et batailla très longtemps avec la meilleure des SE90C celle de Tedco, la n°41 toujours aux avants postes. Pendant les 13 premières heures de course, la bataille fut magnifique entre les Spice 41 et 8 puis entre la 41 et la 39 en tête des Sport 3.5L. Malheureusement, la suite fût moins glorieuse puisque seule la Tedco et la PC Automotive continuaient l’épreuve.

Difficiles 24 Heures du Mans pour le trio féminin Wilson/St. James/Muller


Aprés un bon début de course, l'abandon est officialisé à 19H pour la ROC


Les Sauber-Mercedes étaient clairement les plus rapides ...

... mais la régulière et relative économe Mazda empechera ...


Jean-Louis Schlesser de remporter les 24 Heures du Mans.

En tête de la course, la C11 n°32 abandonnait. La n°31 connaissait de sérieux soucis et malgré le record du tour effectué par Michael Schumacher, elle ne pût jamais revenir sur la tête de course. La Mazda 787B n°55 et les "Jag" en profitèrent pour se rapprocher du haut du classement.

 

La C11 n°1 tenait bon en tête depuis 16 heures quand le rebondissement survient à 13 heures le dimanche: la Sauber- Mercedes (Schlesser-Mass-Ferté) en surchauffe s’arrêta dans les stands puis abandonna pour cause de panne de pompe à eau. Terrible image que celle de la flèche d’argent immobilisée au stand en surchauffe, les mécaniciens injectant de l’eau pour la refroidir et les pilotes se prenant la tête dans les mains, alors que la Mazda continue son chemin dans les Hunaudières ! Jean-Louis Schlesser double champion du monde d’endurance n’allait jamais l’emporter au Mans. La Mazda n° 55 (Gachot-Herbert-Weidler) ravi donc le leadership après une très belle course derrière les Sauber-Mercedes et saura conserver en fin de course l'avantage sur les gourmandes Jaguar officielles dont l’énorme V12 de 7.0L sera très pénalisé par les restrictions de consommation.

 

La 787B finira avec 2 et 4 tours d'avance sur les Jaguar n°35 et 34. La Mazda n°55 a tourné sans encombre durant 24 Heures, profitant ainsi au mieux de la déroute des Sauber-Mercedes C11 pourtant largement au dessus du lot cette année là, mais au support d'alternateur trop fragile. Johnny Herbert quand a lui, s'effondrera de déshydratation et de fatigue une fois la ligne d'arrivée franchie et ne sera même pas capable d'aller recevoir les honneurs du podium.

 

Mazda a battu à la régulière Jaguar, Sauber-Mercedes et Peugeot, grâce à une auto plus fiable et moins gourmande. La C11 est bien malchanceuse pour la deuxième année de suite, et les Jaguar bien que dans le rythme de la 55 ne purent jamais passer devant la japonaise. Mazda devient le premier constructeur japonais à gagner au Mans et le premier à imposer un moteur rotatif au bruit si remarquable. Donnant ainsi une leçon de courage et relevant un défi d'une ampleur qu'aucun constructeur au monde n'avait affronté et ce après 18 ans d'efforts. Cette victoire est d’autant plus importante que les Japonais sont très friands des 24 heures du Mans dont une victoire vaut plus qu’un titre de champion du monde des marques.

38 voitures au départ, 16 voitures à l'arrivée dont 12 seulement classées. 22 abandons. Une seule voiture avec un moteur 3,5 litres atmosphérique a rallié l'arrivée classée : la Spice n° 41 de TEDCO qui fini donc 12ème et dernière des classées. La n°43 finit elle non classée. Si elles veulent être compétitives sur une course de 24 heures, les Sports3.5L vont devoir encore beaucoup progresser au niveau fiabilité. Quels seront les engagés en 1992? Est-ce que toutes les équipes privées vont passer en Sport3.5L ?


Pos.

Voiture

Concurrent

Pilotes

Kms

1

Mazda 787 B

N°55

Mazdaspeed

Weidler, Herbert, Gachot

4923

2

Jaguar XJR 12

N°35

Silk Cut Jaguar

Jones, Ferté, Boesel

4886

3

Jaguar XJR 12

N°34

Silk Cut Jaguar

Wollek, Acheson, Fabi

4869

4

Jaguar XJR 12

N°33

Silk Cut Jaguar

Wallace, Warwick, Nielsen

4842

5

Sauber Mercedes C11

N°31

Team Sauber Mercedes

Kreuzpointer, Wendlinger, Schumacher

4828

6

Mazda 787 B

N°18

Mazdaspeed

Kennedy, Sandro Sala, Johansson

4828

7

Porsche 962 C

N°58

Konrad Motorsport

Jelinski, Stuck, Bell

4719

8

Mazda 787

N°56

Mazdaspeed

Terada, Dieudonne, Yorino

4706

9

Porsche 962 CK 6

N°11

Porsche Kremer Racing

Reuter, Lehto, Toivonen

4665

10

Porsche 962 C

N°17

Repsol Brun Motorsport

Larrauri , Brun, Pareja

4597

11

Cougar C26 S

N°12

Courage Compétition.

Raulet, Migault, Robert

4502

12

Spice SE 90 C

N°41

Euroracing – Team Fedco

Misaki, Nagasaka, Yokoshima

4434

Non Classés

NC

Porsche 962 C

N°53

Team Salamin Primagaz.

Haywood, Taylor, Weaver

4297.6

NC

Cougar C26 S

N°47

Courage Compétition

Trolle, Brand, Bourbonnais

3984.8

NC

Spice SE 90 C

N°43

Euroracing - PC Automotive

Piper, Ricci, Lacobelli...

3808

NC

Lancia LC 2-90

N°15

Equipe Veneto

Giorgio, Coppelli

1509.6


LES DIFFERENTS LEADERS SUCCESSIFS

N° de la voiture

Pilotes

Tour
initial

Tour
final

Total

6 - Peugeot 905

Keke Rosberg /Yannick Dalmas/Pierre-Henri Raphanel

1

11

11

32 - Sauber C 11

Jonathan Palmer/Kurt Thiim/Stanley Dickens

12

12

1

17 - Porsche 962 C

Oscar Larrauri/Jésus Pareja Mayo/Walter Brun

13

14

2

57 - Porsche 962 C

Bernd Schneider/«John Winter» (Louis Krages)/Henri Pescarolo

13

19

7

58 - Porsche 962 C

Hans-Joachim Stuck/Derek Bell/Frank Jelinsky

20

22

3

32 - Sauber C 11

Jonathan Palmer/Kurt Thiim/Stanley Dickens

23

25

3

57 - Porsche 962 C

Bernd Schneider/«John Winter» (Louis Krages)/Henri Pescarolo

26

26

1

32 - Sauber C 11

Jonathan Palmer/Kurt Thiim/Stanley Dickens

27

38

12

57 - Porsche 962 C

Bernd Schneider/«John Winter» (Louis Krages)/Henri Pescarolo

39

43

5

58 - Porsche 962 C

Hans-Joachim Stuck/Derek Bell/Frank Jelinsky

44

47

4

33 - Jaguar XJR-12

Derek Warwick/Andy Wallace/John Nielsen

48

49

2

31 - Sauber C 11

Karl Wendlinger/Fritz Kreutzpointer/Michael Schumacher

50

50

1

57 - Porsche 962 C

Bernd Schneider/«John Winter» (Louis Krages)/Henri Pescarolo

51

55

5

58 - Porsche 962 C

Hans-Joachim Stuck/Derek Bell/Frank Jelinsky

56

59

4

1 - Sauber C 11

Jean-Louis Schlesser/Jochen Mass/Alain Ferté

60

62

3

31 - Sauber C 11

Karl Wendlinger/Fritz Kreutzpointer/Michael Schumacher

63

63

1

55 - Mazda 787 B

Volker Weidler/Bertrand Gachot/Johnny Herbert

64

64

1

57 - Porsche 962 C

Bernd Schneider/«John Winter» (Louis Krages)/Henri Pescarolo

65

66

2

1 - Sauber C 11

Jean-Louis Schlesser/Jochen Mass/Alain Ferté

67

75

9

3 - Jaguar XJR-12

Andy Wallace/Derek Warwick

76

76

1

1 - Sauber C 11

Jean-Louis Schlesser/Jochen Mass/Alain Ferté

77

319

243

55 - Mazda 787 B

Volker Weidler/Bertrand Gachot/Johnny Herbert

320

362

43

 

Meilleur tour en course : Michael Schumacher (D) Sauber Mercedes en 3'35"564.
Vitesse maximum enregistrée aux essais dans la ligne droite des Hunaudières : 349 km/h Porsche 962CK.
Vitesse maximum enregistrée en course dans la ligne droite des Hunaudières : 346 km/h Sauber C11.

 

PORTRAITS DES VAINQUEURS (pilotes et voiture)

VOLKER WEIDLER :
Né le 18 Mars 1962 nationalité Allemande
Formule 1 : 10 courses F1 mais aucune qualification.
5 participations aux 24 heures du Mans
1991 : vainqueur des 24 heures du Mans sur Mazda 787B avec B. Gachot et J. Herbert
1986 : 2ème du Championnat Allemand de DTM

 

BERTRAND GACHOT :
Né le 23 Décembre 1962 au Luxembourg
6 participations aux 24 heures du Mans
Formule 1 : 15 Grands Prix, 5 points et 1 meilleur tour
1991 : vainqueur des 24 heures du Mans sur Mazda 787B avec J. Herbert et V. Weidler
1987 : 2ème du championnat d’Angleterre de Formule 3

 

JOHNNY HERBERT :
Né le 25 Juin 1964 nationalité Anglaise
Formule 1 : 161 Grand Prix, 98 points, 3 victoires, 7 podiums
7 participations aux 24 heures du Mans
2004 : vainqueur du championnat le Mans Endurance Séries avec Jamie Davies.
2003 : vainqueur de la course du Petit Le Mans ALMS
2002 : vainqueur des 12 heures de Sebring ALMS
1991 : vainqueur des 24 heures du Mans sur Mazda 787B avec V. Weidler et B. Gachot
1987 : vainqueur du championnat d’Angleterre de Formule 3
1985 : vainqueur du Formula Ford Festival

 

MAZDA 787B :
Moteur rotatif R26B 4 rotors de 654cm3
Plus de 700cv à 9000tr/min
62 mkg de couple à 6500 tr/min
Boîte manuelle à 5 rapports développée conjointement avec Porsche
Chassis en Carbone
Longueur : 4,78m, largeur : 1,994m, hauteur : 1,003m
Poids : 830kg, réservoir de 100 litres

 

Eric ROLLING // Photos Jean-François RIOM, Jeremy JACKSON et Pascal GRANDJEAN

Remerciement à http://www.racingsportscars.com/ pour sa contribution à ce dossier.