Avant propos

La douzième victoire de Porsche aux 24 Heures du Mans, la deuxième d’un modèle 962, fut incontestablement la plus difficile qu’ai pu obtenir la firme Allemande lors de ses nombreuses conquêtes dans l’épreuve Sarthoise. Il est clair qu’après 1 heure de course, le public manceau ne donnait pas chère de la peau de la seule 962 C officielle encore en course, surtout face à trois Jaguar XJR8 LM et une palanquée de Porsche privées… La très grande régularité de Derek Bell et Al Holbert, et surtout, la vélocité sans relâche d’un Hans Stuck des grands jours ont permit au constructeur de Stuttgart de remporter ce qui est encore aujourd’hui la plus belle victoire d’une Porsche au Mans. Retour en arrière, il y a déjà plus de 20 ans…

 

Le pesage 9-10 Juin 1987
Catégorie C1

Pour cette édition 1987, les voitures s'y présentent le mardi après midi ainsi que dans la matinée du mercredi. Les plus nombreuses sont les Porsche, avec douze autos enregistrées à cette séance de vérifications techniques. L’usine engage trois modèles 962 C, mais ne dispose d’aucunes voitures de réserves. La raison à cette défaillance, une violente sortie de piste de Stuck lors d’une ultime séance d’essais privés sur la piste de Weissach. Malheureusement, cette voiture, initialement prévue pour Bob Wollek, sera totalement détruite lors du crash. De ce fait, c’est Stuck qui devra partir avec ce qui devait être la voiture de réserve de l’équipe Allemande. D’un point de vue technique, les voitures du Team Rothmans n’ont pas subit de modifications depuis les essais préliminaires, durant lesquels, elles furent pourtant dominées par les Jaguar et parmi les nombreuses 962 C engagées, seules les officielles utilisent la version 3.0L à refroidissement par eau du Flat6 maison.

 

 

Porsche espère bien venir à bout des Jaguar, de plus en plus menaçantes

Du coté des clients, Porsche peut également compter sur ses plus sûres valeurs. Le Team de Walter Brun, champion du monde en titre, arrive en Pays de la Loire avec trois 962 C. La voiture n°1 étant confiée à l’équipage tricolore Trollé/Belmondo/De Thoisy, la n°2 aux fidèles Larrauri/Pareja/Schäfer et la n°3 au trio Canadien Adam/Goodyear/Spenard. De son coté Richard Lloyd engage une 962 C largement modifiée par Nigel Stroud. Grâce à sa coque en Nida, cette 962 ne pèse que 964 Kg lors de sa montée sur la balance. Plus « light » de presque 20 Kg par rapport aux voitures d’usines, elle est la plus légère des Porsche engagées cette année au Mans. D’un point de vue mécanique, cette auto reste sensiblement identique aux modèles « classiques » mais conserve la suspension dessinée par Stroud deux ans plus tôt. Les frères Kremer et Reinhold Joest engagent deux voitures chacun, respectivement pour Van der Merwe/Hobbs/Robinson, Haywood/Jelinski/Dickens et pour Nissen/Weidler/Takahashi et Fouché/Konrad/Taylor. Le Team Obermaier, sous l’effigie de Primagaz Compétition, engage une seule auto, la n°72 pour Yver/Lassig/De Dryver.

 

Assurément un ton en dessous des voitures officielles, les clientes ont pour elles l’avantage du nombre : elles seront 9 au départ !

Parmi les constructeurs Français présents, la Cougar C20 est également d’une mécanique Porsche. Dessinée par le créateur des Alpine-Renault A442, Marcel Hubert, le Groupe C Sarthois conserve dans ses gênes aérodynamiques la ligne générale de la glorieuse GR6 de la régie Renault. Malgré la présence d’un propulseur commun aux 962 privées, ce bloc y est implanté plus bas dans la voiture d’Yves Courage. De ce fait, des boas de refroidissement font leurs apparitions sur les  cardans dont l’angularité se retrouve bien plus prononcée que sur les Porsche, toujours dans un souci d’abaissement du centre de gravité générale de la voiture. Pour piloter le GrC Français, l'équipage reste sensiblement identique à celui de 1986, à l'exception près qu’Hervé Regout remplace Alain De Cadenet aux cotés Yves Courage et Pierre-Henri Raphanel. Voilà un possible outsider à ne surtout pas négliger...

 

 

 

Nissan déplace trois voitures pour ces 24 Heures 1987. L’usine nippone engage deux modèles R87E, équipés du nouveau V8 3.0L double turbos, et une R86V propulsée elle par l’habituel six cylindres en V 3.0L VG30ET, également turbocompressé. Préparées chez March sous la direction de James Gresham, les modifications apportées aux voitures touchent essentiellement la coque, les suspensions arrières ainsi que le capot moteur. Si le modèle R86V de Olofsson/Ferté/Gonin, engagée sous la bannière du Italya Sports, fait un poids « raisonnable » de 900 kg, les nouvelles R87E sont de leurs cotés bien trop lourdes pour envisager une lutte au sommet de la hiérarchie. Avec près de 970 kg sur la balance, la n°23 de Hoshino/Takahashi/Matsumoto et la n°32 de Wada/Hasemi/Suzuki privilégieront certainement une stratégie d’attente au cœur du peloton.

 

 

Peter Sauber présente deux nouvelles Kouros-Mercedes C9, totalement différentes de la précédente C8 vue ici même l’an passé. Les principales évolutions de cette nouvelle auto concernent bien évidemment la coque, l’allongement du capot avant (maintenant muni de persiennes) qui se voit implanter les radiateurs, mais surtout de la nouvelle configuration des suspensions arrières. Ces dernières se trouvent désormais en position horizontale et orientées longitudinalement, tout en étant équipées de leviers de renvoi. Pour faire passer le couple pharaonique du V8 5.0L Mercedes, Peter Sauber a fait appel à Hewland qui propose cette année un boite de vitesses bien plus robuste que celle présente en 1986. Des pilotes de l’édition passée, seul Henri Pescarolo et Mike Thackwell sont reconduits au sein du team Suisse. Les équipages deviennent donc : Okada/Thackwell/Pescarolo et Ganassi/Dumfries/Thackwell.

Après leur triple abandon de 1986, les Jaguar sont dorénavant imbattues en Championnat du Monde des Sport-Proto. Elles font donc clairement figures de grandissimes favoris, au même titre que les Porsche 962 C officielles.

Les voitures Britanniques ont évolué depuis la 54ème édition de la classique mancelle, puisque d’une part les flasques de roues arrières ont disparu mais également le capot moteur puisqu’il a été entièrement revu par Tony Southgate. Cependant, les nouveautés dont dispose la nouvelle XJR8 LM ne se trouvent pas qu’à l’extérieur de l’auto. Dans un registre identique à celui des Porsche usines, le groupe moto-propulseur a été incliné longitudinalement afin de rehausser la boite de vitesses et ainsi réduire au mieux l’angularité des cardans. Ayant connu des problèmes de crevaisons lentes en 86, TWR a décidé l’implantation d’un boîtier de contrôle de la température des montes directement dans le cockpit de la voiture. De plus, un nouveau système automatisé de vidange du bidon-tampon avant chaque arrêt est mis en place. Il est également important de constater que les voitures n°4 de Cheever/Boesel, n°5 de Percy/Lammers/Watson et n°6 de Hahne/Brundle/Nielsen disposent strictement de la même masse, à savoir 851 kg. Les trois Jaguar usines sont donc avant le départ les C1 les plus légères du plateau.

Du coté du constructeur Toyota, grand rival de Nissan, deux modèles 87C sont engagés sous la bannière du préparateur TOM’S. Reposant sur la base des Dôme 86C, cette nouvelle évolution dispose toujours du petit 4 cylindres 2.1L désormais en configuration 3S-GTM. Avec un turbo et deux wastegates, la puissance atteinte est de 600Cv à 8000tr/min : des chiffres qui paraissent bien trop minces lorsque nous les comparons à la concurrence germano-britannique, et qui sellent indiscutablement le sort des « Toy » à une position d’outsiders potentiels. Toutefois, si la fiabilité est au rendez-vous, la structure Japonaise pourra toujours compter sur ses deux équipages de qualité : Jones/Lees/Elgh au volant de la n°36 et Needell/Sekiya/Hoshino au volant de la n°37.

 

Outre Yves Courage, Roger Dorchy engage également deux prototypes Français. En effet, deux WM P86 et P87 sont présentes cette année, avec comme objectif un défi un peu particulier. Sachant très bien qu’elle ne pourra jouer avec les 962 et XJR8, la petite équipe de Thorigny n’a qu’en tête, l’idée de passer la barre fatidique des 400km/h en pointe dans la ligne droite des Hunaudières. Totalement taillée pour la vitesse, l’aérodynamique de la P87 est clairement orientée vers une solution optimale de pénétration dans l’air. De plus, un nouveau moteur vient d’être installé sur le châssis : il s’agit d’une version dérivée du V6 2.8L PRV, qui conserve le bloc de séries mais se voit équipé de culasse à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindre. Alimenté par deux turbos KKK dont la pression est portée à 1,8bars, ce moteur développe une puissance de 900ch, ce qui le place en tête de la cavalerie de cette édition 1987 des 24 Heures du Mans. Du coté de la P86, la mécanique est celle de 1986, soit l’ancienne version du PRV, développant environ 650ch.

 

Pour compléter cette liste d’entrée en catégorie C1, on notera la présence d’une Sauber-Mercedes C8 de 1986, engagée par Noël Del Bello, et pilotée par l’équipage Lombardi/Guillot/Cuynet ainsi qu’une Rondeau M482 du Graff Racing à moteur Ford-Cosworth DFL préparée par Smith et à gestion électronique Zytek. Les deux écuries françaises n’espèrent pas grand-chose comme résultat si ce n’est de voir l’arrivée le dimanche.

Le pesage 9-10 Juin 1987
Catégorie IMSA

Seulement deux prototypes figurent en catégorie IMSA-GTP. Il s’agit des deux Mazda 757 officielles des équipages Katayama/Yorino/Terada et Dieudonné/Galvin/Kennedy. Evoluée du modèle présent en 1986, la nouvelle voiture a subit cette année une amélioration importante de la rigidité de la partie arrière, qui comme la Porsche du Richard Lloyd Racing, est redessinée par Nigel Stroud. Le moteur est le même que celui utilisé durant la précédente édition des 24 Heures, à savoir le tri-rotor 3.5L type 13G à gestion électronique Denso. Si ces Mazda ne courent toujours pas en catégorie C1, c’est qu’elles n’ont pour le moment pas encore réussi à réduire leurs importantes consommations de carburant. Leur poids, modestes, de 828kg restent leur principal atout en termes de performance.

 

Comme en 1986, Porsche déplace dans la Sarthe un modèle 961 engagé en Catégorie IMSA pour le trio Metge/Nierop/Haldi. Propulsée quant à elle par un bloc 935/82 2.8L à refroidissement air/eau, cette auto aura bien évidement la grande particularité d’être à transmission intégrale. Notons pour information qu'il s'agit là de la voiture la plus lourde du plateau puisque sur la balance, cette 961 affiche une masse de 1161 Kg.

 

 

Esseulée en catégorie IMSA, les deux Mazda espèrent une course limpide

Le pesage 9-10 Juin 1987
Catégorie C2

En catégorie C2, le constructeur le mieux représenté est Tiga, puisque sept voitures sont présentes sur la feuille des engagés. La particularité des différentes Tiga annoncées au pesage réside dans l'éclectisme des moteurs utilisés. Pour faire simple, celle de l’écurie Tiga-Denmark possède un Ford Hart, celles des teams Cosmik, Vetir Racing et RBR un Ford DFL, celle de l’équipe Dune un bloc Rover, celle du Charles Ivey Racing un Flat6 Type 935/76 et enfin celle du CEE Sport Racing un étonnant moteur Volvo à double turbos étagés.

 

Les TIGA sont présentes en forces pour cette édition des 24 Heures du Mans, avec sept voitures présentes les 2 jours de pesage.

 

Gordon Spice est représenté quant à lui par deux voitures, l’une officiellement et l’autre managée par le Chamberlain Engineering. Malgré que les châssis soient identiques, les motorisations installées sont elles bien différentes : la voiture engagée par Hugh Chamberlain est propulsée par un 4 cylindres HART 1.8L turbocompressé tandis que la voiture usine est elle équipée d'un Ford Cosworth DFL. Face à ces deux Spice, bien préparées, l’Ecurie Ecosse semble bien être le constructeur le mieux armé pour affronter le double tour d’horloge Manceaux. En effet, deux voitures officielles sont présentes cette année, dessinées par Ray Mallock et pilotées par les équipages Wilds/Petery/Delan pour la n°101 ainsi que Duez/Leslies/Mallock pour la n°102. Les moteurs utilisés sont, pour les deux C2, un V8 Ford-Cosworth à injection mécanique.

 

Voilà les deux favoris de la catégorie C2. La bataille annoncée entre les Spice et Ecosse promet d’être aussi belle que celle des C1.

 

Les deux Argo présentes pour cette 55ème édition des 24 Heures ont l’originalité d’être équipées de motorisations aussi différentes que singulières. Celle de Martin Schanche est propulsée par un Zakspeed 1.8L Turbo I4 alors que la voiture du team belge Dahm reçoit un étonnant Flat-6 Porsche de type-930 3.2L Turbo. Les Automobiles Louis Descartes engagent deux voitures, une 02 et une nouvelle 03 à moteur BMW pour les équipages Descartes/Heuclin/Lacaud et Lateste/Boulay/Tremblay. Plusieurs autos méritent également le détour au moment de remonter le couloir des stands. On trouve ainsi une Royale RP40 à moteur Nicholson, une Alba et une Barbon Ford DFL, une « vieillissante » Sauber SHSC6 BMW et enfin une Chevron-ROC aux roues avants et arrières flasquées.

 

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Pierre-Yves RIOM / Photographies Jean-François RIOM