Les lundis de l'Histoire … des constructeurs.

Au programme de ce nouveau « lundi de l’Histoire », nous parlerons ensemble des marques engagées et vainqueurs aux 24 Heures du Mans.

 

Dans ce domaine, c’est bien sûr Porsche qui est largement en tête avec 14 victoires si nous ne tenons pas compte en 1996 et 1997 du châssis hybride TWR-Porsche-Jöest. En seconde position arrive Ferrari avec 9 victoires dont la dernière en date est celle de 1965 (Rindt/Gregory). Grâce à sa victoire en 2007, Audi passe devant sa cousine Bentley et se classe 3ème à égalité avec un autre constructeur britannique, Jaguar et ses 7 victoires. Coté français c’est Matra qui est en tête avec 3 victoires consécutives (1972, 1973 et 1974). Une seule marque Japonaise est au classement, Mazda et sa 787B en 1991. (Voir notre dossier Sports3,5L au Mans)

 


73 ans, c’est l’écart qui sépare les deux dernières victoires de Bentley dans la Sarthe. Porsche est la marque la plus représentée en nombre de participations sur les plus de 200 marques différentes ayant pris au moins une fois le départ des 24 Heures. Au début des années 80, la marque allemande remporte 7 victoires consécutives, notamment grâce aux fabuleuses 956 et 962C. Coté nations, ce sont donc bien évidemment les Allemands avec 25 victoires qui sont en tête, puis les Anglais et les Français mais qui n’ont malheureusement plus gagné depuis 14 éditions.

 

Bentley, TWR-Joest et Bugatti on fait l’exploit de remporter une fois l’épreuve avec une seule voiture engagée. Ferrari, Dauer-Porsche, Mclaren, TWR-Joest et Chenard-Walker l’ont emportée dès leur première participation. Le plus formidable exploit est à mettre au compte de Jaguar en 1957. Cinq voitures engagées et cinq voitures classées aux 1-2-3-4  et 6ème places, face aux Ferrari, Maserati, Porsche, Lotus et Aston Martin officielles.


Ces dernières années, c’est Audi qui se trouve au sommet de la hiérarchie. Sept victoires ces huit dernières années, la 8ème étant pour Bentley en 2003, marque qui fait partie du groupe VAG… Il ne faut également pas oublier la première victoire d’un diesel avec la R10TDi, les podiums 100% Audi en 2000, 2002 et enfin les quatre voitures privées aux 1ère, 2ème, 3ème et 5ème places en 2004. Depuis 2000, seul Peugeot et Pescarolo ont empêché des podiums 100% Audi-Bentley.

 

 

S’il fallait retenir une histoire insolite, c’est celle du Team Jöest que je choisirais. L’écurie allemande est une fidèle cliente Porsche depuis le début des années 1980. En pleine période des GrC, Jöest fait gagner ses 956 à deux reprises en 1984 et 1985. Si en 1984 l’usine est absente de la Sarthe, ce n’est pas le cas l’année suivante où la 956 de Ludwig/Barilla/Winter bat l’une des voitures officielles pourtant considérée ultra favorite, la 962C de Bell/Stuck/Ickx.

Fin 1994 après l’épisode Dauer, Porsche annonce officiellement son retour en Prototype. Pressé par le temps, Porsche commande deux châssis de l’ex Jaguar XJR14 (voiture Championne du Monde en 1991 et conçue par Ross Brawn) à Tom Walkinshaw. Des autres châssis de cette même base seront d’ailleurs transformés en 1992 en Mazda MXR01. Le flat 6 turbo de la 962 est monté dans le châssis, et outre la perte du toit, la partie avant est refondue. Apparue à Daytona en 1995, la voiture ne brille pas par ses performances, l’IMSA voulant pénaliser les moteurs turbo : l’usine de Zuffenhausen décide de se retirer.


Là intervient le Team Jöest, en 1996, qui reprend les deux châssis. Tout l’aérodynamisme est revu, le moteur restant sous la responsabilité de Porsche. Au Mans, les barquettes surprennent tout le monde par leur fiabilité et leur rapidité. Ainsi la n°7 finit 1ère devant les deux 911GT1 officielles. Les Mclaren, Courage, Ferrari 333 SP ou Kremer K8 sont loin. En 1997, le règlement est encore revu en faveur des prototypes, avec des brides et un réservoir plus généreux.

 

 

 

Joest revoit sa barquette en optimisant la consommation et l’aérodynamique. Si les Courage C36 ou Ferrari 333 SP ne sont toujours pas dans le coup, la menace vient des Porsche GT1 97. La bagarre est intense, et finalement les officielles abandonnent laissant la seule Jöest présente finir en tête. Le même châssis qu’en 1996 d’ailleurs à ce propos.

 

1998, Porsche reprend les deux châssis à Jöest, intégrant le team à l’usine, et y fait monter le moteur et la transmission de la Porsche GT1 98. Son aérodynamisme y est encore revu mais Porsche n’obtient pas les résultats voulus avec la barquette, alors que c’est finalement la GT1 officielle qui l’emporte. Les deux barquettes abandonnent sans avoir pu retrouver leur niveau de 96-97. Bref, le châssis a changé 5 fois de nom, 4 fois de moteur et finalement c'est Jöest qui en tira le meilleur parti face à Jaguar, Mazda ou Porsche. Le comble de l’histoire, c’est que le futur projet de prototype Porsche en 1999 tombe à l’eau. Joest, sans voiture est rattaché à Audi qui bénéficie de toute l’expérience du team allemand pour développer sa R8, voiture qui allait l’emporter 5 années durant. Actuellement, Jöest est toujours le support de l’usine dans l’engagement de la fantastique Audi R10 diesel concurrente d’ailleurs en ALMS des Porsche… P2.

 

 

Eric ROLLING