Les lundis de l'Histoire … des malchanceux.

Nouveau Lundi, nouveaux records, nouvelles histoires. Ce lundi, je rendrais gloire aux plus malchanceux….

 

Commençons par les marques. Certaines très grandes marques sportives n’ont jamais gagné au Mans : Lotus, Lamborghini, Maserati, Chevrolet, TVR. Pour exemple, en 47 engagements, aucune Lotus n’est montée sur le podium au Mans.

 


  Des grands noms d’artisans constructeurs n’ont jamais gagné au Mans: Lola, Courage, Pescarolo, Chevron, Panoz… Certains grands constructeurs s’y sont essayés sans jamais y arriver: Nissan, Toyota, Lancia, Chrysler, Cadillac, Honda. On se rappelle des espoirs déçus de Toyota en 1994, 1998 et 1999, ou de Courage en 1995, Courage qui continue à espérer en portant le numéro 13.
 

L'une des plus fantastiques écurie en Formule1, mais au palmares malheureusement vierge aux 24 Heures du Mans ...

Encore une année sans pour Toyota en 1994, avec la 94C-V ...

1981, première participation et superbe 2ème place finale pour Jean-louis Schlesser sur la Rondeau M379 Usine

Du coté des pilotes certains ont également été particulièrement malchanceux : Jean-Louis Schlesser 8 participations, double champion du Monde d’endurance, 2 Pôles Position, une deuxième place mais jamais de victoire avec notamment un abandon en 1991 à 13h après avoir passé 255 tours en tête...

L’histoire la plus triste, Pierre Bouillin, qui en hommage à son oncle, Alfred Velghe (illustre pilote du début du siècle), se fait appeler Pierre Levegh. Reprendre la carrière de cet immense et malheureux pilote serait trop long et mériterait un article à lui tout seul. Je ne retracerais donc que son épisode malchanceux de 1952.

 

Pierre est hanté par les 24 Heures du Mans depuis sa jeunesse, c’est sa course et il veut la gagner. En 1952 il récupère et engage une Talbot biplace T26GS qu’il modifie entièrement : agrandissement du réservoir d’essence, installation d’un circuit électrique de secours, abaissement au poids minimum par l’emploi d’aluminium. Bref pas moins de 5000 heures de travail et 65 000 francs sont engloutis dans la modification de la voiture. Après l’abandon à mi-course de la Gordini de tête, il se retrouve premier aux 24 heures du Mans. Au volant il y a un Levegh, tellement excité, qu'il refuse de laisser son coéquipier René Marchand effectuer ses relais et à l'époque le nombre d'heures au volant n'était pas limité. Lorsque le jour se lève, le Français conduisant une voiture française est le seul depuis le départ à dominer les Mercedes officielles. A chaque arrêt Marchand s’avance, fait mine de vouloir monter dans la voiture, et est repoussé par un Levegh transfiguré, méconnaissable, à moitié fou. Il va gagner les 24 Heures, il veut gagner les 24heures du Mans.  La fatigue égare son jugement, son visage fait peur, peu avant la 23ème heure de course, alors que la Talbot totalise quatre tours d’avance sur la Mercedes de Lang et Riess, l’inévitable survient : un boulon de vilebrequin lâche : le pilote avait passé la première au lieu de la quatrième. Effondré, il trouvera refuge en tant que pilote officiel chez Mercedes en 1955, l'année ou il décéda dans le terrible accident que tout le monde connaît et  qui fit plus de 80 morts, mais c’est une autre histoire…

Pierre Levegh, ici devant sa Talbot 4,5L lors de l'édition du Mans 1953

 

L'édition tragique du Mans 1955, où Pierre trouvera la mort ...

 

Des champions du Monde de F1 ont participé au Mans, sans remporter de victoire : Mario Andretti 9 participations, une 2ème place mais là encore aucune victoire. Stewart, Fangio avec 4 abandons en 4 courses, Ascari, Brabham, Farina, Piquet, Villeneuve, Schumacher ou encore Damon Hill.

Qu'il s'agisse de Juan Manuel Fangio ou bien de Jean-Pierre Jabouille, on peut dire que les 24H ne leur ont pas vraiment réussi ...


Dans le genre malchanceux : Jean-Pierre Jabouille, 14 participations, 2 pole positions, 4 fois 3ème pour meilleur résultat, alors qu’à sept reprises il a conduit la même voiture que le vainqueur de l’année. Yojiro Terada, 29 participations, aucun podium, le moins bon ratio pour le vétéran japonais que l’on pourrait encore retrouver dans la Sarthe en 2008. Pour les pilotes actuels, nous pourrions citer, dans une moindre mesure, Emmanuel Collard, 13 participations, une 2ème place, une 3ème place, une Pôle mais pas de victoire.

 

Bob Wollek, l'un des meilleurs pilotes d'endurance de l'histoire, mais certainement aussi le plus malchanceux d'entre tous ...

Mais s’il fallait décerner la palme du pilote le plus malchanceux, cette dernière serait attribuée au regretté Bob Wollek. Vainqueur des plus grandes courses d’endurance au Monde, 4 fois des 24 Heures de Daytona, une fois des 12 Heures de Sebring, considéré comme l’un des tous meilleurs pilotes d’endurance durant 30 ans. Pilote officiel au Mans pour Alpine, Matra, Porsche, Lancia, Jaguar, Toyota. 30 participations, 4 fois 2ème , 2 fois 3ème, 4 victoires de catégorie et 3 Pôles Position. L'échec le plus difficile à "avaler" interviendra en 1998, lorsque sa Porsche 911 GT1depuis longtemps au commandement, perdra la victoire lors de l'ultime ravitaillement.

 

 

Eric ROLLING // Remerciement à Jean-François RIOM et Pascal GRANDJEAN pour les photographies.