Les lundis de l'Histoire … des vainqueurs.

Ce lundi, honneur aux vainqueurs !


C’est bien évidemment le pilote danois Tom Kristensen qui est en tête de la hiérarchie avec 7 victoires dont 5 toutes obtenues par la déjà légendaire Audi R8. Bizarrement, le passage à l’Audi R10 ne lui a pas réussi avec aucune victoire en deux participations. Jacky Ickx longtemps recordman suit avec 6 victoires entre 1969 et 1982.


Derek Bell, Emanuelle Pirro et Frank Biela ont 5 victoires chacun. Ces deux derniers pilotes Audi ont étés associé à chacune de leurs 5 victoires, avec comme 3ème coéquipier soit Tom Kristensen, Rinaldo Capello ou Marco Werner. Enfin, chacun de leurs 5 triomphes a été acquis sur une Audi, ce qui est également un record.


Coté français Henri Pescarolo et Yannick Dalmas totalisent 4 victoires au Mans tout comme le belge Olivier Gendebien. Yannick Dalmas est également le dernier vainqueur français en pays Sarthois en 1999, 8 années de disette pour les pilotes tricolores. Coté nationalité, les anglais sont en tête avec 32 pilotes vainqueurs devant les français (27) et les américains (11).

 

C’est Luigi Chinetti et Hurley Haywood qui ont la plus grande période d’écart entre leur première et dernière victoire aux 24 heures: 17 ans ! Ils sont 18 pilotes à avoir remporté les 24 Heures pour leur première participation. Andy Wallace l’a fait en 1988 pour sa première participation. Cette année, il était encore de la partie mais il reste toujours à une seule unité.

 

Le pilote 100% aux 24 Heures du Mans, c’est Woolf Barnato, 3 victoires en 3 participations et 3 années de suite et à chaque fois avec un autre coéquipier. Tom Kristensen détient un autre record, celui des victoires consécutives: 6 de 2000 à 2005.

 

A cinq reprises, le vainqueur final monopolisa tous les leaderships horaires : Maurice Trintignant et Froilan Gonzales en 1954, Henri Pescarolo et Gérard Larrousse en 1974, Jacky Ickx et Gijs Van Lennep en 1976, Manuel Reuter, Alexander Wurz et Davy Jones en 1996 et Tom Kristensen, Rinaldo Cappello et Guy Smith en 2003.

 

Hermann Lang et Fritz Riess ont eux attendu la dernière heure de 1952 pour faire enfin apparaître en tête du classement officiel leur Mercedes 300 SL, profitant du terrible abandon de Pierre Levegh sur sa Talbot.

 

La plus belle remontée est bien à mettre à l'actif de Jacky Ickx, Hurley Haywood et Jürgen Barth en 1977. Tombée à la 41ème place après 2 heures de course, suite à un changement de pompe à injection, la Porsche 936 du Martini Racing Team retrouva la tête de course en matinée après un incroyable relais de Jacky Ickx et une multitude d’abandon des Porsche et Alpine-Renault officielles.

 

Tom Kristensen, le pilote aux victoires 100% Audi R8 ...

Huit années qu'un français n'a pas gagné aux 24 Heures !

Haywood : 17 années entre sa 2ème et 3ème victoire au Mans


Woolf Barnato, le "Bentley Boy" le plus efficace de l'histoire

Le duo Van Lennep/Ickx, si dominateur lors de l'édition 1976

Jacky Ickx, inarrétable face aux Alpine-Renault A442 en 1977



Les mexicains ne totalisent qu’une seule victoire, acquise par Pedro Rodriguez, mais l’histoire des frères Rodriguez est tout simplement incroyable. Encore aujourd’hui, le nom des frères Rodriguez, Ricardo et Pedro éclabousse de fougue l’histoire du sport automobile. Ricardo est né en 1942 et Pedro son frère 2 ans plus tôt dans une riche famille. Après une ascension éclair dans leur pays, le Mexique, en motos et autos, ils prennent le chemin de l’Europe.


Un beau matin de 1958, les 2 jeunes frères de 16 et 18 ans débarquent dans la Sarthe avec l’espoir de se faire remarquer aux 24 Heures du Mans au volant de leur Ferrari 500 TR offerte par leur père. Les deux garçons sont inconnus en Europe et Ferrari voit d’un mauvais œil l’arrivée de deux très jeunes mexicains au volant de ses bolides, à une époque où la moyenne d’âge des pilotes frôlait la quarantaine et où ils étaient pratiquement tous européens ou américains. Les instances sportives interdisent à Ricardo de prendre part à la course en raison de son jeune âge. Ricardo est fortement déçu, Pedro, toutefois, fera équipe avec José Behra mais l'aventure ne dépassera pas la mi-course.

Pedro et Ricardo, si jeunes et déjà si rapides dans une auto de course

En 1959, Luigi Chinetti leur offre la possibilité de courir dans l'écurie du North American Racing Team (NART). Ils vont donc commencer par apprendre la course sur une petite cylindrée. Les deux frères font contre mauvaise fortune bon cœur. Ils prennent le volant d'une Osca 750 cm3, mènent leur catégorie avant de devoir abandonner au début de la nuit. Ricardo sera plus chanceux en 1960 où il prendra la 2ème place sur la Ferrari TR60 du NART à 18 ans avec comme équipier le Belge André Pilette. A la Targa Florio, considérée comme l’une des courses les plus difficiles au Monde, les deux frères finissent 7ème après plusieurs impressionnantes sorties de route, ils commencent à se faire un nom.

Mais c’est en 1961 que débute leur grande histoire d’amour avec le public Français. Ils sont ensembles au Mans au volant de la Ferrari TR61 du NART. Ils vont mener la vie dure aux Ferrari officielles, au point que la Scuderia dû rameuter la troupe pour battre les deux insolents, qui devront hélas abandonner suite à une casse moteur dans la 23eme heure. Le public ne s'y trompe pas et fait une ovation aux deux prodiges qui ont faillit vaincre Goliath à respectivement 19 et 21 ans. Moins de chance l'année suivante où ils sont très tôt contraints à l'abandon. Ils remportent leur premier gros triomphe aux 1000 km de Paris. Ces exploits et leur style inimitable toujours à la limite ne laissent pas indifférent Enzo Ferrari qui enrôle Ricardo, le plus jeune, dans son écurie dès 1961 où il éclabousse de sa classe sa 1e course avec le 2e temps aux essais derrière son coéquipier Wolfgang Von Trips. Ricardo remporte par la suite les fameuses Targo Florio avec Mairesse et Gendebien et une nouvelle victoire aux 1000 km de Paris avec Pedro. Il se tuera malheureusement la saison suivante à 20 ans pendant son grand Prix national sur une Lotus 24 engagée par Rob Walker.

Pedro est traumatisé, il ne court plus que sur des coups de tête, sans but précis. Pourtant son pilotage continue de faire la différence. Il débute en F1 en 1963 où il restera par intermittence jusqu’en 1971 en y remporta en tout 2 Grand-Prix dont une incroyable course à Spa avec des tours à plus de 240 km/h de moyenne. Il prends plus de plaisir en Sport Prototype avec de très grands succès, aux 24 heures du Mans en 1968 sur la Ford GT40 Wyer puis dans toutes les grandes classiques de l’endurance : vainqueur aux 1000 kms de Paris, 300 Miles et 2000 km de Daytona, 1er aux 12 Heures de Reims, 1er aux 1000 km de Brands-Hatch, 1000 km de Monza, 6 Heures de Watkins-Glen, 1er aux 24 Heures de Daytona, 1000 km de Spa et 1er aux 1000 km d'Autriche ! Il sera 2 fois champion du Monde.

GP de Belgique 70 : parti en 3ème ligne, Pedro est dans un état de grace

Ici au volant d'une Ferrari 312P lors des 1000Km du Nürburgring 1969

 

Le mexicain volant éclaboussera de sa classe le monde de l’endurance notamment sur l’impressionnante et indomptable Porsche 917. Il va transformer l’endurance en sprint avec le célèbre Jo Siffert. Celui ci disait qu’il ne redoutait personne à part Pedro qui était selon lui " ahurissant ". Leurs batailles aux 1000km de Spa ou au Mans en 1971 auront marqué à jamais l’histoire du sport automobile. On se souvient des deux Porsche 917 « John Wyer » avalant portières contre portières le fameux Raidillon à Francorchamps.

 

 

 


Quelque soit l'enjeu, Pedro se livre à fond, pilote au-delà des limites. Le dimanche 11 juillet 1971, alors qu'il prend part à une course d’Interserie au volant d'une Ferrari 512 M sur le Norisring, Pedro perd la vie en voulant doubler une voiture plus lente. Le Mexique et le sport automobile sont encore une fois en deuil.

 

 

Eric ROLLING