Entrevue avec Jean-Christophe Boullion, pilote de la Pescarolo n°16

Samedi 30 juin 2007 – Il est 19 heures, Madie Pescarolo et Jean Christophe Boullion nous emmènent à la remise des prix du Michelin Energy Endurance Challenge. A Valencia l’équipe a remporté ce prix pour la seconde fois consécutive. « Ça ne remplace pas une victoire, mais ça fait toujours plaisir. L’indice de performance est une tradition de l’endurance » commente Madie. L’apéritif offert par bibendum est pour nous l’occasion de s’entretenir avec Jean-Christophe, l’un des piliers historiques de l’équipe.

 

Félicitation pour ta brillante course aux dernières 24 heures !
Merci, c’est vrai qu’on a super bien roulé. Ce sont incontestablement mes plus belle 24 heures, on a attaqué à fond pendant toute la course sauf la dernière heure car il pleuvait vraiment trop.

 

Le pace-car était vraiment nécessaire ?
Oui, c’était complètement inconduisible.

 

Pourtant il y a quelques années le pace-car ne sortait jamais pour cette raison.
Oui mais les prototypes modernes sont beaucoup plus sensibles à l’aquaplaning.

 

Pourquoi ?
C’est simple, le règlement impose la présence d’une planche de bois sous la voiture. Cette planche est là pour limiter l’effet de sol, en gros c’est un sabot qui empêche le châssis de descendre trop près du sol. Mais quand il pleut c’est une planche de surf, elle flotte et on n’a plus aucun pouvoir directionnel !

 

La Pescarolo nous a semblé plus à l’aise au Mans qu’ici au Nürburgring…
Oui c’est clair. Elle est comme moi, elle préfère les tracés rapides. Nous serons mieux à Spa et à Silverstone.

 

Hier tu nous as dit que tu n’aimais pas le Nürburgring, Manu lui, nous a dit qu’il l’aimait bien. Il a ajouté que tu ne l’aimais pas uniquement parce que la Pescarolo ne marchait pas ici.
(Rire) Il vous a dit ça ? C’est faux ! Il vous raconte n’importe quoi ! Je n’ai jamais aimé ce circuit. Regardes Istanbul, j’y ai gagné deux fois avec la Pescarolo. Et bien ça ne m’empêche pas de le détester. Il y a un virage rapide extra, mais c’est tout.

 

Tu as l’air de bien t’entendre avec Manu !
Ah oui ! On se connaît depuis 1993, on forme une vraie équipe. En plus on règle notre voiture de la même façon.

 

L’an dernier les Le Mans Series faisaient étape à Donington, cette année c’est Silverstone qui a été retenu. Lequel des deux tracés préfères-tu ?
Silverstone. Il est plus rapide et la piste est plus large. Le cadre est sympa à Donington, c’est un bon circuit pour une course de F3 mais pas pour un plateau de 50 voitures et des protos de 700 chevaux.

 

Et le circuit du Mans, tu l’aimes ?
Oui évidement je l’adore ! C’est le pied au Mans, il y à tout : la longueur, la vitesse, le public…

 

Pourtant ta première expérience aurait pu t’en dégoûter à vie !
Avec la Bugatti ? Oui, mais à l’époque j’étais jeune ; enfin plus jeune qu’aujourd’hui (sourire). J’étais insouciant, ce n’était pas un petit carton qui allait m’arrêter. En tout cas je ne sais toujours pas pourquoi je suis sorti. A l’époque, des journalistes ont écrit « Boullion est sorti de la piste », c’est faux. Je n’étais pas encore arrivé au freinage de la chicane, la voiture est partie brusquement à droite, j’ai rien pu faire. La voiture a été remontée puisqu’elle est à Lohéac mais on ne m’a jamais dit ce qu’il s’était passé.

 

L’accident est arrivé durant la dernière heure, tu avais donc eu le temps de goûter aux 24 heures. Comment était la Bugatti ?
C’était marrant car l’initiative était privée et à peine soutenue par l’usine. Pourtant tout le monde parlait du retour de Bugatti 55 ans après… Il y avait un sacré engouement médiatique autour de notre voiture. C’était une vraie GT contrairement aux 962 Dauer. Elle avait juste été allégée, le moteur préparé en Italie développait 600 chevaux. Les quatre turbos poussaient très fort mais ils cassaient souvent.

 

Et les années suivantes ?
En 97 avec la première Panoz, elle marchait bien mais on a abandonné sur fuite d’huile vers 3 heures du matin. En 98 avec la Ferrari 333sp, pour la course on avait monté une boite de vitesse « spéciale endurance » qui a cassé après une heure de course. On a remonté la boite « sprint », elle a tenue un peu plus longtemps. En fait je n’avais jamais fini les 24 heures avant d’arriver chez Pescarolo.

 

En 2001 ?
Oui, 13ème en 2001 puis 10ème, 8ème et enfin second en 2005.

 

Manque plus que la victoire !
Oui, mais tant que le règlement favorisera les diesels, on ne pourra pas faire mieux que cette année.

 

Tu as aussi fait un passage éclair en F1. Est-ce une frustration ?
Non… En 1994, suite à mon titre F3000, Frank Williams m’a offert un test. Il s’est très bien passé et en fin d’année j’étais convoqué à l’usine. J’étais à table avec Frank Williams et David Coulthard. David a conservé le volant de titulaire qu’il avait obtenu quelques mois plus tôt suite à la mort de Senna et moi j’ai signé comme pilote essayeur.

 

Cette même année 95, tu as couru en F1 Chez Sauber.
Oui, début 95 les performances de Karl Wendlinger étaient catastrophiques. Peter Sauber m’a contacté pour remplacer Karl à Monaco. J’ai terminé 8ème puis 5ème à Hockenheim et 6ème à Monza. C’était difficile car je roulais beaucoup avec Williams et je me retrouvais dans une voiture que je ne connaissais pas et qui était très mauvaise. Peter Sauber voulait me garder, mais en octobre Red Bull a imposé le retour de Karl sous peine d’abandonner l’équipe… Fin de ma carrière F1.

 

Et chez Williams, il n’y a jamais eu d’opportunité d’être titularisé ?
Non, en 96 Villeneuve est arrivé, c’était fini pour moi. A l’époque je ne maîtrisais que partiellement l’anglais, et ça m’a pénalisé. Quand je vois Lewis Hamilton, à 23 ans il a la maturité d’un mec de 33. Ce n’était pas mon cas.

 

C’est à ce moment que notre conversation s’achève car J-C est appelé à recevoir son trophée. Quelques minutes plus tard, une flûte de champagne éclate sur le sol. Rires de Madie Pescarolo : « Jean Christophe et sa maladresse légendaire ! Vous le verrez sûrement se prendre les pieds dans le tapis du stand ! L’an dernier il a réussi à se blesser avec une tringle à rideau, ça lui a valu un forfait aux 24 heures ». Maladroit Jules ? On aimerait l’être autant que lui derrière un volant…

En 1994 dans la Bugatti EB110
Carrière difficile en F1 sur la Sauber
Williams FW16 de 1994 et Sauber C14 de 1995
Au Mans sur la Ferrari 333sp JMB en 1998
A Sebring sur la Courage Pescarolo C60
Cette année au Mans
 

Julien HERGAULT