Entrevue avec Emmanuel Collard, pilote de la Pescarolo n°16
Le paddock est calme. La tension des essais qualificatifs est maintenant retombée. L’éprouvante journée de ce samedi est bientôt finie. Nous rencontrons comme convenu Manu Collard, devant les camions Pescarolo Sport, pour faire ensemble le point sur cette première moitié de week-end, quelque peu délicate.
Salut Emmanuel, avant toutes choses comment s’est passée ta séance qualif ?
Difficilement ! La voiture est très délicate, on manque vraiment d’appuis. On est « full » sur l’avant et l’arrière et pourtant il manque quelque chose.
On tenait à te féliciter pour les 24 Heures. On était en bord de piste, et tu nous a régalé. C’était un grand plaisir de te voir à l’attaque comme ça. Quels souvenirs cet année au Mans !
C’était un très grand moment c'est clair. On a attaqué comme des fous, le couteau entre les dents du début à la fin. L’équipage était fantastique. Le seul petit bémol reste ma sortie de piste. |

Romain Dumas, le copain de Manu au volant de la 16 |

Emmanuel, à l'attaque dans le " S " du Tertre Rouge |
Raconte-nous comme cela s’est passé.
Ca s’est fait en deux phases. D’abord, je suis arrivé à la deuxième chicane des Hunaudières où un GT2 venait de lâcher toute son huile, et personne ne m’a présenté de drapeaux «changement d’adhérence ». Je suis arrivé trop vite et j’ai fait un gros plat à l’avant. Je suis rentré au stand, on m’a changé les pneus. Au tour suivant, j’arrive au même freinage derrière une GT, et je la déboite hors trajectoire à la sortie de la chicane. Et là, à la réaccélération, j’ai perdu le contrôle de la voiture sur les traces d’huile. Je suis parti à l’équerre complet, je me suis même retrouvé quasiment face à la GT que je voulais doubler et j’ai tapé le rail du coté gauche. Une fois la voiture arrêtée, j’ai cru que je ne pourrais pas repartir. Le choc m’a paru très violent. Je m’en serrais tellement voulu de gâcher la course comme ça. |
Et la pluie en fin de course, c’était comment ?
Abominable, j’avais même du mal à suivre le pace-car.
Parlons d’une autre auto, la RS Spyder, comment trouves-tu son pilotage ?
C’est une voiture au grip fantastique. Il n’y a pas de moteur, c’est clair, mais c'est la catégorie qui veut ça. Par contre, l’appui aérodynamique est incroyable. Sa légèreté en fait une voiture redoutable sur les circuits sinueux.
Donc, d’après toi, ce ne serait pas une voiture si « fabuleuse » que ça sur un grand et rapide circuit, comme celui du Mans?
Non, je ne pense pas. Au niveau des chronos, elle tournerait certainement un peu plus vite que les meilleurs P2 européenne, mais il n’y aurait pas de gouffre. Je pense qu’un 3.35… serait jouable.
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Au volant, lors des 12 Heures de Sebring 2007...
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Concernant la 997, ce n’est pas blasant de piloter les meilleurs protos actuels et de revenir dans le baquet d’une GT2 après ?
Pas du tout. Ma motivation vient dans la recherche de la performance maximale. Et la 997 RSR est une voiture très aboutie, compliquée à exploiter à 100%. L’an dernier, avec la 996, nous avions beaucoup de mal à suivre les Ferrari en FIA GT. C’était un gros challenge.

A ce propos, nous étions présents à Dijon fin septembre, et j’ai le souvenir d’une discussion que tu avais eu avec le Team Manager d’EBIMOTORS. Tu lui avais demandé sur quel rythme devais-tu faire les qualifs. Il t’avait répondu : Maximum attaque!
(Manu qui rigole)Oui c’est clair. En plus de ça, les pneus Pirreli n’étaient pas top non plus. Il fallait attaquer en sachant que dans les courbes à gros appuis, ils avaient tendance à lâcher. D’ailleurs, je l'avais dit à l'équipe avant la course. Si on sort, ce sera dans Pouas. Et ça n’a pas loupé !
J’étais présent derrière le rail au moment de ta sortie de piste. Je me souviens que la voiture avait décroché en pleine courbe ! Puisque nous sommes au Nürburgring, quels souvenirs gardes-tu des 24H de la Nordschleife,
Finalement pas très bon. Il y a tellement de voiture sur la piste, c’est infernal. Parfois, tu déboites des AX ou des Polo, tu te demandes où tu es. |

Alors M.Collard, prêt pour la " Maximum Attack " ?

La sortie de piste dans le courbe de Pouas à Dijon
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Et la Porsche Manthey, un vrai monstre ?
C’est clair ! Je ne sais pas ce qu’ils y mettent la dedans, mais c’est plus vraiment ma GT2 (Manu, sourire). On prend quand même 330 Km/h au bout de la ligne droite. Je te laisse imaginer les différences de vitesses entre les voitures.
Arrivent alors à nos cotés, Soheil Ayari et Stéphane Ortelli. Manu les interpelle : « vous venez d’où ? » Stéphane lui répond : « on vient de se faire un ptit tour de la boucle nord ! Et bien je peux te dire un truc, plus jamais avec lui ! » Visiblement, Soheil a du attaquer comme il le faut pour laisser un bon souvenir à Stéphane de cette petite virée …qui apparemment à du mal à sen remettre…étonnant pour un pilote vainqueur de l’une des courses les plus dangereuses au Monde.
Le vainqueur 1998 du Mans aurait'il eu peur du grand Ring? Pourtant, il fallait l'arsouiller la Porsche GT1...
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La Toyota TS020, aussi belle que malheureuse...


La Prost JS45 Mugen, où les espoirs déçus de Manu...
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Pour en revenir au 24 Heures du Nürburgring, tu n’es donc pas un grand fan ?
Non, je ne suis d’ailleurs pas sûr de le refaire un jour.
Et au Mans, tu gardes un souvenir particulier d’une des voitures que tu as piloté ?
Oui, la Toyota GT-One. C’était une voiture absolument fantastique. Je me demande encore comment l’une d’elles n’a pas gagné, aussi bien en 98 qu'en 99 ! Cette voiture avait tout d’une "grande" du Mans. Un moteur extra, une aéro à la pointe. C'est vraiment dingue qu'on ait échoué.
Au sujet de la Formule1, tu n’a finalement pas trop de regret ?
Absolument pas. Avec du recul, et en regardant la tournure que prend le circus de la F1, je n’ai aucun regret. Cela a failli se faire en 1997, aprés l'accident de Panis lors du GP du Canada, mais finalement c'est Jarno Trulli qui a été choisi. Et puis, c ’est devenu un monde bien trop « jetset » pour moi. Et puis je suis ravi du palmarès que j’ai en endurance. |
Une dernière petite question Manu, ton programme outre atlantique se fera au Petit Le Mans ?
Pour le moment, je ne sais pas. Rien n'est encore sûr.
Toute l’équipe d’Endurance-Series remercie chaleureusement Emmanuel Collard pour sa grande gentillesse et sa disponibilité. Ce fut un grand plaisir de passer ce moment avec un pilote de cette classe.
Pierre-Yves RIOM |