Les qualifications

La troisième séance d’essais libres vient de s’achever. Avec les 3ème et 11ème temps, les deux voitures n’ont pas encore trouvé leurs réglages adéquates. Les problèmes de grip rencontrés depuis le début du week-end ne semblent pas résolus et la séance qualificative qui arrive ne permettra sûrement pas de trouver plus d’appui aérodynamique.  La tension est palpable dans le box. Certes une contre-performance en qualification n’est pas éliminatoire, mais les quatre pilotes veulent s’étalonner en performance pure face aux Lola Charouz et Courage usine.

Chez Pescarolo, les acteurs de la qualification s’échangent à tour de rôle et c’est donc Emmanuel Collard et Harold Primat qui s’y collent. Sanglés dans les deux baquets, ils baissent leurs visières et enclenchent la première…

 

Emmanuel au volant de la n°16
Harold au volant de la n°17

Alors que la courte séance bat son plein, Harold Primat est de retour devant le stand. André de Cortanze s’entretient alors avec lui par radio, certainement pour rapidement trouver une solution de réglage. La qualif de la n°17 semble mal partie…
De son coté, Manu Collard s’arrache pour faire un temps, et le verdict tombe : 1.45.117, soit plus d’une ½ seconde moins vite que la Lola B07/17 du Team Charouz, meilleure voiture essence. Le manque de grip général du proto « bleu de France » se fait cruellement sentir sur la feuille des chronos. La Pescarolo n°16 est devancée par la Lola Chazouz, la Zytek Arena et la Courage officiellen°12.

 

« …On est en appuis max, et on arrive pas à trouver de grip… » Manu Collard

 

Sur la voiture n°17, la déception est encore bien plus grande. Une séance complètement ratée et une voiture difficile à conduire cloisonnent l’équipage Tinseau/Primat à l’avant dernière place de la catégorie P1. Seule la modeste Lavaggi LS01 aura fait moins bien. Plus grave, plus de 2 ½ secondes séparent les deux voitures de l’équipe d’Henri Pescarolo.

 

Harold, dans une situation difficile lors de cette séance

Selon les pilotes, le manque important d’appui vient de la conception même de la voiture. Conçue pour Le Mans, la Pescarolo n’a jamais vraiment été à l’aise sur les tracés sinueux. Le rendez vous quelque peu raté de Valence et la très belle seconde place à Monza en sont la preuve, la P1 bleue est faite pour les circuits rapides.

 

« Nous n’avons jamais été à l’aise sur ce circuit, même l'an dernier… » JC Boullion

 

La séance qualificative s’achève donc par un bilan assez décevant. Malgré ça le moral des troupes reste bon et chacun sait que la course de dimanche va être longue. Le manque de régularité de l’équipage de la Lola Charouz et la fiabilité précaire des Courage LC70 apportent finalement une petite satisfaction quant à cette position légèrement en retrait.

 

Afin de mieux comprendre le comportement de la Pescarolo de pointe (16) sur ce circuit du Nürburgring, nous allons décortiquer les trois différents secteurs et les temps enregistrés par la voiture et ceux de ses trois principaux rivaux « essences » à savoir :

 

Courage LC70 AER n°12
(Cochet/Frei)
Zytek O7S Zytek n°10
(Shimoda/Chilton)
Lola B07/17 Judd n°15
(Mucke/Charouz/Yoong)

 

 

Pour faire simple, le tour de qualif de Manu fut moyen, puis mauvais et enfin très bon. Nous vous présentons, sous la forme d’un tableau, les positions des « quatre » lors des trois secteurs chronométrés et vous allez vous apercevoir que la Pescarolo se comporte très différemment cela la sinuosité du tracé.

Secteur 1
Secteur 2
Secteur 3

Lola Charouz n°15 : 00.00.49.270
Zytek 07S n°10 : 00.00.49.696
Pescarolo n°16 : 00.00.49.760
Courage n°12 : 00.00.49.833

Lola Charouz n°15 : 00.00.37.303
Zytek 07S n°10 : 00.00.37.391
Courage n°12  : 00.00.37.483
Pescarolo n°16 : 00.00.37.728

Zytek 07S n°10 : 00.00.17.616
Pescarolo n°16 : 00.00.17.629
Courage n°12 : 00.00.17.723
Lola Charouz n°15 : 00.00.17.989

La feuille des temps confirme les dires des pilotes. Les parties lentes ne sont pas faites pour la voiture tandis que la portion rapide du secteur 3 permet à la Pescarolo de faire parler sa pointe de vitesse. Elle a globalement un comportement contraire à celui de la Lola Judd du Team Charouz qui de son coté s’effondre dans le dernier tiers du circuit allemand. Notons également que la Pescarolo Rollcentre a également raté sa qualification, se retrouvant à plus d’1,3 secondes de sa sœur d’usine n°16. A travers ce comparatif, nous pouvons également constater la très bonne homogénéité de la Zytek sur ce circuit, qui visiblement lui convient très bien.

Manu Collard et Joao Barbosa, roues dans roues

 

Changement de moteur pour la n°17

Alors que les Grand Tourisme s’affrontent sur la piste pour leurs qualifications respectives, l’activité est toujours aussi présente dans le box Pescarolo Sport. Si du coté de la n°16 tout est plutôt calme, ce n’est pas le cas dans le stand de la n°17. Le bloc moteur Judd de la voiture de Christophe Tinseau et Harold Primat étant arrivé à son kilométrage limite d’utilisation, les mécaniciens de l’équipe vont procéder à son remplacement. Il s’agit du bloc ayant fait le meeting de Valence et la première partie de ce week-end allemand. Nous étions alors présents dans le box, et nous vous proposons en plusieurs images cette grande et impressionnante intervention mécanique.


Alors que le démontage des éléments externes de la voiture est en cours, Christophe et Harold se retrouve en pleine discussion avec Martin Short, juste derrière l’auto, au fond du box. Nous supposons que le thème abordé est celui du comportement difficile de la voiture depuis le début du week-end et la recherche d’éventuelles solutions permettant de trouver un meilleur compromis appui/vitesse en courbe.

Et si la discussion était également portée sur la dernière édition des 24 Heures du Mans, où le Rollcentre Racing avait décroché une très belle quatrième place à l’arrivée. Cette 75ème édition toutefois moins heureuse pour l’équipage de la n°17…

 

Le bloc 5,5L neuf, en attente de montage...
Les gestes sont précis, rapides et surs
...les pontons sont retirés...
...ainsi que le diffuseur et l'aileron...
...les éléments externes du bloc sont enlevés...
...pour préparer son désassemblage...


Le désaccouplement du moteur sur le châssis de l’auto étant une opération délicate et très précise à réaliser, nous avons préféré ne pas déranger les mécaniciens par notre « séance photo » quelque peu génante. L’occasion pour nous de rencontrer un autre acteur de l'équipe d'Henri : Sébastien, le dessinateur projeteur du Team…

...à notre retour le moteur neuf est déjà en place...
...et l'ingénieur motoriste de Judd en plein travail...

 

Plus de trois heures aprés le début de l'intervention, lorsque nous pénétrons de nouveau dans le box de la 17, c’est l’effervescence autour de la voiture, toujours dépourvue de tous éléments de carrosserie. L’ingénieur motoriste de chez Judd en charge des blocs chez Pescarolo Sport procède à la première mise en marche « réelle » du moteur. Dans le stand, un instant de stress se dégage de l’ambiance générale mais est très vite remplacé par le ronronnement suave du 10 cylindres en V britannique. Mission accomplie, il faut désormais penser au Warm-Up de dimanche matin, dernière chance pour améliorer encore un peu l’auto avant la course.

 

Pierre-Yves RIOM // Photos PY RIOM