Les autos répondant à la réglementation « LM » P1 sont actuellement celles qui font partie de la catégorie reine de l’Endurance. Depuis très longtemps les prototypes sont en effet les voitures dominant les 24 Heures du Mans et par extension toutes les courses labellisées « Automobile Club de l’Ouest ». On entend par prototype tout véhicule de compétition dont n’est exigé aucun minimum de production. C’est ainsi que certains protos n’existent  qu’en un seul exemplaire.

 

La catégorie « LM » P1 telle que nous la connaissons aujourd’hui existe depuis 2004, mais elle est issue de plusieurs générations de prototypes dont la première a fait son apparition aux 24 Heures du Mans 1994 à l’époque où les célèbres Groupe C des années 80 et les Sport 3,5 litres du début des années 90 furent définitivement condamnées par l’ACO et la FIA suite à la mort du championnat du monde de Sports Prototypes. L’Endurance connut quelques saisons de transition de 1992 à 1994 et vit arriver des barquettes aux côtés des Grand Tourisme – appelées à repeupler les grilles de départ – pour remplacer les dernières Porsche 962 maintes fois transformées et autres Peugeot 905 désormais interdites. Dès 1992 quelques petits spiders furent admis par le règlement mais ce n’est qu’à partir de 1995 qu’on découvrit réellement de gros prototypes ouverts avec notamment la Courage C41. Les anciennes Groupe C reconverties furent encore acceptées quelques années. Cette catégorie naissante fut à ces début assez compliquée car répondant en fait à deux réglementations : « LM » P1 aux 24 Heures du Mans et WSC (World Sports Cars) aux Etats-Unis dans le championnat IMSA. On vit d’ailleurs dès 1994 plusieurs Ferrari 333 SP dans ce championnat et construites selon les normes WSC. Heureusement les deux catégories fusionnèrent et les différentes voitures purent cohabiter sans ennuis car répondant à la même philosophie.


La catégorie « LM » P1 fut ensuite quelque peu émoustillée aux 24 Heures du Mans lors de la période « supercars » de l’ACO de 1996 à 1999 lorsque le club sarthois fit la part belle aux nouvelles « LM » GT1. Avantagées par le règlement pour favoriser le retour des grands constructeurs, ces dernières ne parvinrent néanmoins à s’imposer qu’en 1998. Elles furent remplacées en 1999 par des « LM » GTP, catégorie moins hypocrite car n’appelant plus Grand Tourisme des autos qui n’étaient en fait que des prototypes. Toujours est-il que la catégorie « LM » P1 connut régulièrement quelques ajustements réglementaires et changea plusieurs fois de dénomination. C’est ainsi qu’en 2000 on découvrit les « LM » P900, le poids des autos étant désormais indiqué dans le nom de la catégorie. Celle-ci connut son apogée de 1999 à 2001 lorsque plusieurs constructeurs comme BMW, Audi, Panoz, Cadillac et Chrysler se lancèrent dans la construction de prototypes dans l’unique but de remporter les 24 Heures du Mans. La catégorie « LM » P900 connut un écho d’autant plus favorable que fut créé en 1999 l’American Le Mans Series, championnat où la catégorie reine de l’Endurance put mieux s’exprimer que dans le précédent championnat IMSA. Une voiture plus que toutes les autres illustre l’époque et l’efficience des « LM » P900 : l’Audi R8.


Dans sa volonté de contrôler l’amélioration des performances, l’ACO dut à plusieurs reprises prescrire des ajustements réglementaires afin de ralentir la catégorie. Ce fut notamment le cas en 2003 après qu’une Audi ait roulé en moins de 3 minutes 30 lors de la séance qualificative de l’édition 2002. Bénéficiant de beaucoup d’appuis les « LM » P900 étaient des voitures très performantes mais qui ne supportaient malheureusement pas le moindre trouble mécanique ou d’adhérence. C’est ainsi que plusieurs autos décollèrent lors de courses ou de séances d’essais. L’ACO prit alors le parti de modifier considérablement le règlement technique en imposant des voitures aux contraintes aérodynamiques plus forte et possédant moins d’appuis ; en contrepartie, elles bénéficieraient de brides plus généreuses. C’est ainsi que naquit la nouvelle catégorie « LM » P1 en 2004. La première auto répondant à ce règlement fut la Nasamax DM139, bien que construite sur la base d’une Reynard 01Q. Les « LM » P1 et « LM » P900 cohabitèrent donc durant une saison. Les « LM » P1 ont la particularité de pouvoir être aussi bien ouverte que découverte. L’ACO interdit ensuite les « LM » P900 à partir de 2005 tout en autorisant pendant une période de deux ans (jusqu’à fin 2006) les voitures hybrides, c'est-à-dire les anciennes P900 ayant subi quelques mutations aérodynamiques. Pescarolo, Courage, Dome puis Lister en cours de saison présentèrent des P900 hybrides. La réglementation avantagea logiquement les constructeurs ayant fait la démarche de transformer leurs voitures, ceux-ci bénéficiant des mêmes brides que les « LM » P1. Les « LM » P900 furent dans le même temps alourdies et virent le diamètre de leurs brides baisser. C’est pourtant une Audi R8 qui s’imposa une fois encore. De nouveaux concurrents « hybridisèrent » leur prototype pour la saison 2006 comme Creation ou Zytek, mais c’est plus parmi les nouvelles P1 qu’on découvrit le plus de nouveautés avec notamment l’Audi R10 Turbo Diesel, la Courage LC70 et la Lola B06/10. Les « LM » P1 prirent alors totalement l’ascendant sur les hybrides bien que la Pescarolo opposât encore une très belle résistance. Depuis 2007 – où l’on vit la première auto fermée faire son apparition dans la catégorie, à savoir la Peugeot 908 HDi FAP – seules les « LM » P1 sont acceptées mais on commence déjà à entendre parler d’une nouvelle réglementation pour l’horizon 2010 : des autos obligatoirement couvertes à l’aérodynamique moins tourmenté. Quelques « LM » P900 parviennent encore à courir en ALMS ou JLMC où elles sont encore acceptées dans le but de compléter des plateaux assez maigrichons.


Les prototypes « LM » P1 sont acceptés dans toutes les courses labellisées ACO et s’inscrivant dans le sillage des 24 Heures du Mans. On recense dans l’ordre les Le Mans Series en Europe, l’American Le Mans Series en Amérique du Nord et le Japon Le Mans Challenge en Extrême Orient. La catégorie « LM » P1 est l’une des plus permissives d’un point de vue technique. Outre les traditionnels moteurs essences, atmosphériques ou suralimentés, l’ACO accepte les moteurs diesels (uniquement suralimentés) ainsi que toute technologie non habituelle sur la base de règlements spécifiques afin de respecter l’équilibre de performance entre les voitures. C’est ainsi que l’on peut voir des autos utilisant des carburants « propres » tels que le bio éthanol ou le diester, ou des autos dites hybrides récupérant de l’énergie au freinage. L’ACO a voulu faire de sa catégorie reine, le « LM » P1, une vitrine technologique sans équivalent dans les autres sports mécaniques.

 

Toutes les « LM »P1, leurs années d’apparition et leurs constructeurs :

  • Nasamax DM139 (2004) KW Motorsport
  • Courage LC70 (2006) Courage Compétition
  • Audi R10 (2006) Audi Motorsport
  • Lola B06/10 (2006) Lola Cars International
  • Peugeot 908 HDi FAP (2007) Peugeot Sport
  • Creation CA 07 (2007) KW Motorsport
  • Zytek 07S (2007) Zytek Engineering
  • Lola B07/17 (2007) Lola Cars International
  • Dome S101.5 (2007) Dome Motor Company
  • Pescarolo 01 (2007) Pescarolo Sport
  • Lavaggi LSO1 Ford (2006) Scuderia Lavaggi

 

Fiches, textes et photographies : Pierre-Yves RIOM / Julien HERGAULT / François NASSIET

 

 

Zytek 07S Zytek
Peugeot 908 HDi FAP
Pescarolo LMP1 Judd
Courage LC70 A.E.R
Lola B07/10 Audi
Dome S101.5 Judd
Lola B07/17 Judd
Lola B06/10 A.E.R
Lavaggi LS01 Ford
Audi R10 TDi
Creation CA07 Judd (Bientôt en ligne)