On le sait, dans le sport automobile moderne, la réussite médiatique est bien plus importante que le succès populaire in situ. Mais l’une ne va pas sans l’autre et la vision de tribunes vides ne plaide pas en la faveur d’une discipline dans ses démarches visant à augmenter les plages de diffusions télévisuelles.

A valencia, la F3 Open remporte plus de succès que les Le Mans Series
Cinq manches
Depuis leur création, les Le Mans Series peinent à gagner les cœurs de pays qu’elles visitent. En réalité, seules les épreuves de Spa (30.000 spectateurs) et Silverstone (53.000 spectateurs l’an dernier) semblent réellement pérennisées à longue échéance.
Barcelone fait bonne figure (23.000 spectateurs) mais la proximité de la frontière française n’est pas anodine à son – relatif – succès.
Avec 22.000 spectateurs l’an dernier malgré la présence du constructeur national Audi (seulement 10.000 en 2007), les 1000 kilomètres du Nürburgring 2009 s’annoncent déjà comme un flop comparé à la manche du DTM où 110.000 fans s’agglutinent autour du circuit.
Enfin les 1000 kilomètres de Monza, catastrophiques en termes de fréquentation, étaient remplacés cette année par les 1000 kilomètres de l’Algarve.
Il y a des signes qui ne trompent pas : quand à l’issue d’une course, les chiffres d’affluence n’apparaissent pas dans le communiqué officiel des Le Mans Series, c’est toujours un indice de l’insatisfaction des organisateurs. Nos impressions sur place abondent dans ce sens et force est de constater qu’ils n’étaient pas nombreux à s’être déplacés sur les collines de l’autodromo do algarve samedi soir. Cette fois, le revers (présumé) subi par les promoteurs nous affecte tant nous pensons que toutes les conditions étaient réunies pour que la foule des grands jours déferle sur le circuit.

Tiago Monteiro s’est beaucoup investi dans le promotion des 1000 km de l’Algarve
Quels ingrédients manquaient à Portimao ?
Un plateau de qualité ?
Certes, on peut déplorer la désertion des maitres de la discipline que sont Peugeot et Audi mais en leur absence, l’intérêt sportif est décuplé. Avec Aston-Martin, Patrick Peter peut compter sur la présence d’un prestigieux constructeur sans voir sa série atomisée par un géant comme ce fût le cas en 2007. Audi (privées), Pescarolo, Oreca, Zytek, Lola… la compétitivité des voitures engagées n’a n’égal que celle des pilotes qui les conduisent.
Des courses de support de haute volée ?
Avec une manche de Formule Renault 3.5, le meeting accueillait la pépinière de champions la plus productive après le GP2 (Robert Kubica, Sebastian Vettel, Simon Pagenaud…)
La présence de l’espagnol Jaime Alguersuari, nouveau titulaire de l’écurie Toro Rosso en Formule 1, donnait un intérêt supplémentaire à la manche portugaise. Les 110.000 spectateurs comptabilisés au Mans à l’occasion des World Series en juillet, pourraient presque laisser croire que s’associer avec les LMS n’est pas une bonne opération pour la série mono-marque.
Seat Super Copa Leon, Superstars, CER, Radical European Masters, Formula Le Mans… Samedi, les courses de support se sont succédées à un rythme effréné.
La proximité d’une métropole ?
Si Portimão ne compte que 45.000 habitants, le potentiel est énorme en période estivale. Allemand, Anglais, Français… les plages sont noires de monde à cette époque !
Une intense campagne de promotion ?
A notre sens, jamais la promotion d’une course d’endurance n’avait été aussi convaincante pour le grand public. Un thème agressif et plein d’humour (feras da noite) mettant en scène les deux stars locales ( Tiago Monteiro et Pedro Lamy) mis en avant par une intense campagne multi-supports : Télévisions, affiches, banderoles aérotractées… impossible de passer à coté de l’événement.
Enfin les Portugais d’ASM, Tiago Monteiro – décidément très investi dans la réussite de son épreuve nationale – et le Team Luc Alphand Aventures n’ont pas hésité à mettre la main à la pâte en investissant le centre commercial et la marina de Portimão.
Un show façon Le Mans ?
Là encore, les portugais n’ont pas fait les choses à moitié en montant une scène digne d’un grand festival rock pour accueillir les Fingertips dans le Paddock. La course, à cheval entre la journée et la nuit reprenait l’élément essentiel de la « magie du Mans » sans obliger les touristes à sacrifier un après midi de plage.

Pourtant les portugais ne sont pas insensibles aux charmes du sport-auto. Ici les World Series by Renault à Estoril.
Des solutions ?
La manche de Portimão aura au moins eu le mérite de montrer les limites de la promotion « classique ». Désormais, il semble que seuls les constructeurs soient en mesure de donner un essor supplémentaire à la série. Dans ce sens, on peut reprocher aux décideurs de Peugeot de ne pas avoir joué le rôle qu’ils avaient promis aux organisateurs. La présence de la lauréate des dernières 24 Heures du Mans, pourquoi pas pilotée par un équipage 100% portugais (Lamy/Barbosa), aurait certainement attiré quelques milliers de spectateurs supplémentaires. Cette supposition n’a rien d’utopique, et avec un tel équipage engagé sous la bannière « Peugeot Portugal », les retombées n’auraient certainement pas été négligeables pour le lion. On se souvient d’ailleurs qu’à Silverstone l’an dernier, le constructeur sochalien ne comptait pas moins de 40.000 invités ! En Angleterre, on peut s’attendre à une forte baisse de fréquentation cette année malgré la présence d’Aston Martin.
Concernant le choix de la destination, on pouvait penser qu’un déplacement vers un circuit privé de grandes compétitions attirerait le public délaissé. C’était le cas en Algarve puisqu’il s’agissait de la première grande course automobile internationale organisée sur ce nouveau circuit mais cela n’a pas suffit à attiser la curiosité des riverains.
Alors où aller ? Si la série devait revenir au Portugal, il faudrait peut-être tenter l’expérience à Estoril mais hors saison estivale. Situé à quelques kilomètres de Lisbonne, cette cité balnéaire abandonnée par la F1 serait peut être le refuge idéal.
A l’autre bout de l’Europe, la république Tchèque possède, à notre sens, les meilleurs atouts pour accueillir une manche Le Mans Series : Un public intéressé (40.000 spectateurs pour le FIA GT en 2003 / 78.000 pour le championnat du monde d’endurance en 1988), une équipe nationale (Charouz) et des pilotes de premier plan (Charouz, Enge, Janis). Enfin, dans l’esprit du Mans, les gradins du circuit de Brno seraient propices à développer une ambiance « barbecue » très différente de l’atmosphère bling-bling des paddocks de Portimao.


Brno, LA solution pour 2010 ?
7 commentaires pour "La cinquième roue du carrosse"
J’en ai déjà parlé par ailleurs (sur d’autres forums) le choix du circuit tchèque de Brno est mon sens le plus judicieux. Quant aux circuits du sud, il y a déjà quelques temps qu’ils ne font plus recette. A quoi bon s’échiner à vouloir organiser des courses là le public n’est pas intéressé ?
Monza : tant qu’une grande marque italienne (Ferrari, Maserati, Alfa Romeo, Lancia, Fiat…) ne s’engagera pas en proto pour jouer la victoire au général, ce n’est pas la peine de songer réussir toute ré-intrusion.
Portugal / Espagne : hormis la monoplace et la moto, les ibéres et consors n’ont jamais vraiment montré un réel intérêt pour l’Endurance, hormis peut-être pour la série Open International de Jesus Pareja. Si Seat s’investissait dans les LMS, ce pourrait être différent. Comme ce n’est pas le cas. A quoi bon, là aussi, insister ?
L’an dernier déjà , les constructeurs avaient fait part de leur déception de ne pas voir figurer Brno au calendrier 2008. Le circuit tchèque, qui rencontrerait (ou pourrait rencontrer) un succès certain, n’a pas non plus été retenu pour cette année.
Une autre question se pose. Patrick Peter est-il encore l’homme de la situation ?
Une autre remarque, qui vaut aussi pour le FIA GT :
que ces championnats soient moins élististes et bien plus respectueux du spectateur payant, en lui permettant d’avoir un accès visuel non limité comme c’est le cas aujourd’hui, aux paddocks.
A quoi cela sert de payer 40/60 € pour ne rien voir d’autre que des auvents ? On en parlait déjà dans les années 80 quand la comparaison du championnat du monde d’Endurance avec l’IMSA avait court, inspirons nous une bonne fois pour toute du sens du spectacle et de l’organisation des américains. Que le spectateur soit considéré à sa juste valeur, qu’il fasse partie intégrante du show et il reviendra en masse sur les circuits.
[...] mon avis sur tout, enfin surtout sur l’endurance, je me permets de reprendre des bouts de cet article, à consulter ici. La vision de tribunes vides ne plaide pas en la faveur d’une discipline dans ses démarches [...]
Je remets le lien vers ton article très intéressant : http://www.endurance-magazine.fr/medias-le-mans-series-1771/
Laurent, merci pour ton post très complémentaire du mien… mais où sont passés GTOracing et SportscarUnirverse ?
“Que le spectateur soit considéré à sa juste valeur, qu’il fasse partie intégrante du show et il reviendra en masse sur les circuits.” Je n’aurai pas dis mieux… j’ai fait un article et même pas foutu de sortir cette phrase, mais c’est exactement ça !
Là dessus, j’ai du mal a vous rejoindre les gars. C’était vrai en Algarve où le spectateur devait payer 50€ pour avoir accès au paddock… mais sur les autres manches, je trouve que le public en a pour son argent (disons 20€) : accès au paddock et session autographe, on ne voit pas ça dans beaucoup de discipline.
Oui mais ce n’est pas très “impliquant”… Moi je trouve que, pour le spectateur lambda, cela manque de fun, de piquant, de rythme…
Je ne vois pas trop comment impliquer le spectateur dans l’action (?)
Tu voudrais que le 3ème pilote de chaque équipe soit tiré au sort dans les tribunes lol :=)
A vous !
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