A la rencontre de Jean Philippe Belloc au Festival Porsche (26 Septembre 2007)
Il se passe toujours quelque chose au Paul Ricard. Lorsque ce ne sont pas les équipes de Formule 1/GP2 qui y font leurs essais, ni les Teams sport Proto/GT qui y préparent les 24 Heures du Mans et la saison LMS, ce sont les hommages aux plus belles autos qui prennent place : Alors qu’il y a trois semaines c’est Ferrari qui fêtait ses 60 ans d’existence sur le HTTT, le week-end dernier c’était au tour de Porsche de célébrer les succès de la marque et d’organiser un grand rassemblement où étaient conviés tous les possesseurs de Porsche de l’Europe entière !
Pas moins d’un millier de Porsche étaient dénombrées parmi lesquelles une flopée de 911, Boxter, 928, 944, 968, quelques 914, une poignée de 356, une 959 et une CarreraGT. Toute la gamme Porsche de toutes les années était représentée et se relayaient en piste, où des sessions de 30 minutes étaient aménagées tout au long de la journée pour ceux désireux de se faire plaisir au volant de leur auto personnelle. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de réaliser une vidéo d’un tour complet du circuit à bord d’une 911 GT3 (voir la vidéo en bas).
Mais Porsche ne serait pas Porsche sans ses glorieuses voitures de course qui ont fait la légende du Mans. 16 victoires absolues, le record est toujours à battre et il faudrait bien plusieurs décennies à Audi pour pouvoir espérer l’égaler un jour !
L’histoire de Porsche est indissociable de celle des 24 Heures du Mans et le Festival Porsche était l’occasion de sortir du musée quelques unes des plus belles Porsche vues aux 24 Heures du Mans : 906, 908, 917, 550 Spyder, RSK…Et surtout, la 911 GT1 victorieuse en 1998 aux mains de McNish-Ortelli-Aiello, qui ne faisait pas tache à coté d’un RS-Spyder Evo LMP2. Bien évidemment le palmarès de Porsche ne s’arrête pas aux courses d’endurances : Présentes aussi, La Porsche 959 victorieuse au Dakar, ou encore les très vieilles 360 Cisitalia et 804 Grand Prix, dont un exemplaire était piloté pour l’occasion par Jean Philippe Belloc, présent avec Oreca, une équipe dont l’actualité est justement très chargée depuis l’annonce du passage au LMP1 et le rachat de Courage Compétition. Nous ne pouvions pas résister à l’envie de lui poser quelques questions…
Jean Philippe gardera-t-il sa combinaison l'an prochain ?
Son unique course internationale de l'année : Les 24 heures du Mans
Défilé incessant en piste...
...Mais on en redemande !
Endurance-series vous emmène en 911 GT3
-Jean Philippe, vous avez réalisé une belle prestation lors des 24 Heures du Mans en terminant cinquième avec la Saleen, un beau résultat compte tenu de l’opposition en GT1…
« Oui je suis très content des 24 Heures du Mans, la voiture a été très rapide et s’est montré fiable. Malheureusement de mauvais set-up choisis lorsque les conditions de piste étaient changeantes et une crevaison nous ont empêché d’atteindre le podium… »
-Concernant la Saleen : Bonne pour gagner le Mans ?
« Le point fort de la Saleen a toujours été le châssis, particulièrement bien équilibré grâce à l’architecture de la voiture. Maniable dans les virages serrés et stable à haute vitesse.
Mais Le Mans est un circuit avec beaucoup de relances, où le moteur est particulièrement sollicité…Et le moteur est justement le point faible de la Saleen : Même si Oreca a énormément travaillé sur le V8 d’origine Ford, il reste moins efficace qu’un V8 de Corvette ou qu’un V12 d’Aston Martin. Disons que pour avoir une GT1 parfaite, il faudrait un châssis de Saleen et un moteur de Corvette !
Mais c’était la première année qu’Oreca disputait les 24 Heures du Mans avec cette voiture. Malgré cela, nous faisons un meilleur tour très proche de la plus rapide des Corvette, et surtout la voiture s’est montrée fiable. Maintenant que nous savons comment la voiture se comporte sur le tracé Sarthois, en revenant, la victoire serait à notre portée. Je dis –serait- car maintenant il n’est plus assuré qu’Oreca revienne en GT1 ! »
-Justement le GT1, parlons-en : La disparition annoncée de cette catégorie, c’est la question récurrente depuis le début de l’année. Quel est votre point de vue sur cette éventualité ?
« C’est vrai que la mort de cette catégorie semble annoncée par tout le monde. D’ailleurs ce ne serait là que la répétition de ce qui s’est passé à la fin des années 90 avec la suppression du GT1 de l’époque pour faire place à des voitures moins coûteuses et plus proches de la série.
Mais d’un autre coté, peut-être faut-il se poser les bonnes questions : Le GT1 est la catégorie où le niveau est le plus élevé et surtout, celle où le plateau est le plus homogène. Toutes les autos engagées sont construites par de grand groupes engineering (Prodrive, etc.) ou directement par les constructeurs eux même. De ce fait, le niveau de compétitivité est particulièrement satisfaisant. Là il n’y a pas de protos artisanaux à la fiabilité aléatoire et aux performances médiocres : Toutes les autos vont vite et loin ! Même le niveau des pilotes est plus homogène puisqu’il y a moins de pilotes payants qu’ailleurs.
Alors faut-il se priver d’une catégorie aussi compétitive ? L’explosion des coûts est un problème, mais ne pourrait-on la sauvegarder en prenant les bonnes mesures ? »
-Au contraire, le GT3 semble avoir le vent en poupe…
« Oui pourtant je ne pense pas que cela soit la solution idéale… Cette catégorie est un gigantesque fourre-tout où les autos répondent à des définitions techniques complètement différentes les unes des autres. Mais de toute façon il n’y a pas de vrai règlement technique en GT3 ! On ne se soucie pas d’uniformiser le règlement, on se contente simplement de lester les autos les plus rapides et d’aider les plus lentes. A un point tel qu’on ne peut plus savoir si une GT3 qui gagne remporte des courses parce qu’elle est préparée par la meilleure équipe et avec les meilleurs pilotes, ou bien si c’est simplement parce que les organisateurs l’ont « gâté » par des avantages en puissance ou en poids. Toutes les autos ont droit à des régimes différents, et comme il est impossible de niveler toutes les voitures à un niveau de performance identique sur tout les circuits, l’équivalence change sans cesse ! La catégorie veut permettre à toutes les voitures de gagner, indépendamment de leur niveau de préparation et de l’efficacité de l’équipe qui les engage. Je trouve que cela va à l’encontre du sport : Il ne sert plus à rien de chercher à être meilleur que les autres car de toute façon si on va moins vite, on sera aidé. »
-Revenons-en à vous : Cette saison 2007, vous n’avez effectué qu’une seule course d’envergure internationale et pas la moindre, puisque c’étaient les 24 Heures du Mans. Vous y avez été particulièrement efficace et vous avez effectué le gros du travail ( plus de 10 heures de pilotage sur les 24 Heures sur la voiture de Nicolas Prost et Laurent Groppi ). Vous semblez garder de bonnes relations avec Oreca…Ferez-vous partie des équipages Oreca dans l’aventure LMP1 ?
« Oui je pense qu’Hugues de Chaunac est satisfait de la prestation que j’ai fait au Mans. Après, si je ferai partie du programme P1…Je n’en sais rien ! Pour Le Mans, je n’avais eu la confirmation d’avoir été retenu pour piloter la Saleen que très tard. L’annonce officielle de la liste des pilotes avait eu lieu tellement tard (courant mai) que moi même je commençais à me poser des questions… M’auraient-t-ils finalement écarté? (rires). Oreca est une équipe qui a les moyens de n’engager que des pilotes professionnels. Bien sûr, je suis suffisamment rapide pour en faire partie, mais il y a bien d’autres paramètres qui entrent en ligne de compte dans un programme d’une telle envergure. D’abord, il est évident qu’un nom comme Prost fait plus parler que Belloc ou Ayari…Pour avoir un écho plus important dans les médias c’est pratique. Ensuite, je commence à atteindre un âge où même si on reste rapide, les jeunes générations poussent. Moi même j’ai été jeune et j’ai pris la place de pilotes plus âgés à l’époque où je sortais des formules de promotion… Oh bien sûr il me restera toujours l’expérience, mais on ne doit pas oublier que les jeunes arrivent… En tout cas si Oreca faisait appel à moi pour ce programme en proto ça serait avec grand plaisir ! »
-Au delà d’Oreca et de son nouveau programme, avez vous d’autres possibilités de volant pour la saison prochaine ?
« Oui j’ai des contacts, mais pour l’instant pas de propositions suffisamment intéressantes. J’aimerais bien avoir mieux et j’attendrais encore un peu avant de prendre une décision, si jamais une belle opportunité se présentait dans les mois à venir… En attendant je participe au championnat du monde Camions. C’est très fun comme discipline, j’y prends beaucoup de plaisir, mais je ne veux pas m’y enfermer.
Par contre, c‘est toujours en discussion, mais je pourrais prendre part à l‘épreuve FIAGT à Nogaro sur une Corvette PSI le week-end prochain »
-Ah, je me rends compte que nous n’avons pas encore abordé LA question qui saute de paddock en paddock, de continent en continent et de championnat en championnat, Le débat récurrent depuis que Audi est venu au Mans avec sa R10 : L’équivalence est-elle juste ?
« C’est vrai qu’on ne peut pas y couper ! (rires) Depuis que les Diesel ont débarqué on n’entend que ça. Le problème, c’est qu’on a très peu de repères pour vérifier si l’équivalence est bien faite ou pas. J’admire ce que réalise Pescarolo avec ses moyens, mais que peut faire une petite équipe, si vaillante soit-elle, contre des constructeurs dont les ressources sont dix fois plus importantes? Tant qu’il n’y aura pas un constructeur en face avec un moteur essence, il sera impossible de tirer une quelconque conclusion »
-On compte sur vous et Oreca pour vérifier la justesse de l’équivalence dès l’an prochain ?
« Oui avec plaisir ! (rires) »
Il est temps de laisser Jean Philippe rejoindre le réceptif Oreca à coté du Grand Prix Hall, puisque il doit effectuer des baptêmes de piste. « Suffisamment rapide » se qualifiait-il…L’humilité de Jean Philippe Belloc est à souligner, lui le champion FIAGT 2001, vainqueur des 24 Heures de Spa, des 1000 kms d’Istanbul 2006, ancien champion F3, de Formule Renault… Il suffisait de voir la tête décomposée de ses passagers après les baptêmes de piste pour comprendre qu’il aurait fallu apposer un autre adverbe que « suffisamment »… Diablement ?